La jeunesse a-t-elle sa place dans la politique en Europe? La journaliste Salomé Saqué a livré à la RTS sa vision de l’intégration des jeunes dans ce domaine. Selon elle, leurs opinions et besoins ne sont pas assez pris en considération dans les politiques publiques.
Interrogée dans l’émission Tout un monde à l’occasion de sa venue en Suisse pour une masterclass à l’Université de Neuchâtel sur la jeunesse, Salomé Saqué a évoqué les pistes qui permettraient de répondre aux préoccupations des jeunes en Europe.
Autrice de ‘Sois jeune et tais-toi’, une enquête visant à répondre « à celles qui critiquent la jeunesse », la journaliste pour le média indépendant Blast constate deux points qui traversent les jeunes générations, malgré les divergences politiques: la sensation de ne pas être assez écouté et la volonté d’avoir une représentation plus importante dans les institutions européennes. « Les jeunes sont complètement mis de côté dans les politiques publiques », relève-t-elle.
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« Une des solutions (…) serait de donner la place aux jeunes pour exprimer leurs préoccupations », relève Salomé Saqué, qui estime elle aussi que cette catégorie de la population est peu écoutée.
Les jeunes ont la sensation que les personnes au pouvoir participent à la détérioration de leurs conditions de vie
Salomé Saqué, journaliste à Blast et écrivaine
« En France comme ailleurs, lorsque vous demandez aux jeunes ce qu’ils aimeraient faire politiquement et quelles leur semblent être les bonnes mesures à adopter, quel que soit leur milieu social ou leurs opinions politiques, ils ont plein d’idées et de propositions », poursuit-elle, soulignant que contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont pas « enfermés » dans la contestation.
Peu de mesures spécifiques
Pour Salomé Saqué, le problème réside dans le fait qu’on ne laisse pas de place aux jeunes générations pour être des forces de proposition en dehors des cadres de la communication politique. « Partout en Europe, les hommes et femmes politiques se disent être les candidats et candidates des jeunes. Mais au-delà de ces épisodes de communication, très peu de mesures concrètes, en termes de structures politiques, sont mises en place », analyse la journaliste.
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« Il y a une forme de pessimisme chez les jeunes, l’idée que la situation globale va empirer sur le plan économique, géopolitique et environnemental, et la sensation extrêmement ancrée que les personnes au pouvoir participent à la détérioration de nos conditions de vie. C’est un constat qui devrait interpeller les responsables politiques », alerte Salomé Saqué, qui pointe également une difficulté au sein de la jeune génération à « se projeter dans l’avenir » et « avoir espoir dans ce monde qui semble s’effondrer ».
Nous avons besoin de nous parler, d’essayer de comprendre les positions des uns et des autres et d’écouter les plus jeunes
Salomé Saqué, journaliste à Blast et écrivaine
Prenant l’exemple de la question environnementale, elle précise que les jeunes sont, « dans leur majorité, plus demandeurs de politiques environnementales que les générations précédentes ». Or, il s’agit d’un sujet « qui n’est pas entendu et souvent pas considéré comme [faisant partie] des politiques de la jeunesse, alors qu’il est pourtant essentiel, puisque c’est ce qui va permettre l’habitabilité de la planète quand ces jeunes seront plus âgés », note-t-elle.
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La Session des jeunes du Parlement veut sensibiliser la jeunesse à la politique / 19h30 / 1 min. / le 8 novembre 2025
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Un dialogue générationnel
Ce phénomène est accentué par la structure démographique actuelle des pays européens, où la part de seniors est nettement plus élevée que celle de jeunes. Ces derniers « sont ainsi dépendants des décisions politiques prises par cette majorité de personnes plus âgées, qui, pour une partie d’entre elles, prennent peu en compte les intérêts des nouvelles générations », explique Salomé Saqué.
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La journaliste plaide pour une meilleure communication entre générations. « Ne restons pas emmurés dans un prétendu conflit générationnel. Nous avons besoin de nous parler, d’essayer de comprendre les positions des uns et des autres et d’écouter les plus jeunes, qui me semblent être complètement mis de côté dans les politiques publiques. »
Selon Salomé Saqué, « ce qui relie les générations entre elles, c’est tout de même l’amour, les liens personnels ». « Nous avons tout intérêt à vouloir que ces [jeunes] vivent dans une société qui n’est pas traversée par des guerres, des crises économiques et l’effondrement écologique », conclut-elle.
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
Article web: Isabel Ares