« Figaro-ci, Figaro-là »: à voir à l’Opéra de Zurich jusqu’au 14 février, à la Haute Ecole de Musique de Zurich le 21 février ou à la Bühnen Bern juqu’au 6 mai, « Les noces de Figaro » de Mozart connaît un engouement qui ne s’essoufle pas. Décryptage de cette fausse comédie, mais vraie révolution.

Classique, mais efficace: l’argument des « Noces de Figaro » de Mozart, dont le livret est signé Lorenzo Da Ponte, entremêle les intrigues, les quiproquos et les portes qui claquent. Au château du comte Almaviva, Figaro et Susanna s’apprêtent à se marier, mais le comte tente de séduire la jeune femme. Aidés par la comtesse, les futurs époux multiplient ruses et déguisements pour confondre leur maître. Les intrigues se dénouent, le comte reconnaît ses fautes et les noces sont célébrées dans le pardon et l’allégresse générale.

Mais derrière le comique, on trouve des éléments plus subversifs pour l’époque. Car il s’agit d’une remise en cause de l’ordre social, du droit de cuissage et surtout du rapport entre maîtres et serviteurs. Bref, une fausse comédie, mais une vraie révolution, qui contribue de façon décisive au succès durable de l’opéra.

Pour Clément Lonca, premier chef résident de l’Opéra de Berne et qui dirige actuellement « Les noces de Figaro » dans la capitale fédérale, les personnages féminins détiennent dans cette oeuvre une importance majeure. Susanna, Barbarina, Marcellina ou la comtesse Almaviva, « l’une après l’autre, apportent leur pierre à l’édifice dans la remise en ordre de cette micro-société (…). Elles sont le porte-étendard de cette petite révolution interne », indique-t-il dans l’émission Musique matin du 30 janvier.

>> A écouter, l’interview de Clément Lonca : Clément Lonca dirige « Les Noces de Figaro » à Berne / L’actu musique / 12 min. / le 30 janvier 2026 Déjouer la censure

Le choix de Mozart et de Da Ponte d’adapter en 1786 la pièce de Beaumarchais parue huit ans plus tôt, qui était déjà très chargée politiquement, était audacieux. Bien que le poète et le compositeur aient allégé le propos pour déjouer la censure de l’empereur Joseph II, on retrouve tout de même certaines traces de la pièce, notamment dans la psychologie des personnages, très développés dans le livret et dans la musique. 

Outre les idées nouvelles portées par l’époque, ce sont aussi des histoires d’amour en miroir qui traversent toute l’œuvre: Figaro et Suzanne d’un côté, encore plein d’élan, là où le comte et la comtesse sont quant à eux déjà bien usés. Tout l’opéra raconte comment, à travers le chaos, ces couples vont – ou non – se retrouver.

Inna Demenkova (la comtesse Almaviva), Christian Valle (Bartolo), Seith Carico (Figaro) et Patricia Westley (Susanna) dans "Les noces de Figaro" de Mozart à Berne. [Bühnen Bern - Janosh Abel] Inna Demenkova (la comtesse Almaviva), Christian Valle (Bartolo), Seith Carico (Figaro) et Patricia Westley dans « Les noces de Figaro » de Mozart à Berne. [Bühnen Bern – Janosh Abel] Un cocktail gagnant

Sur scène, tout passe très vite. La farce fonctionne grâce à son timing et à sa construction très précise, assemblage que maîtrisaient parfaitement Mozart et Da Ponte. La dramaturgie de l’opéra s’élabore autour de récitatifs et de numéros qui se succèdent, développant par là cette micro-société où toutes les strates sont représentées et dans lesquelles la musique s’intègre parfaitement.

Pour le chef Clément Lonca, le cocktail gagnant des Noces de Figaro réside dans « l’humour inhérent au livret », dans sa dimension « psychologique et émotionnelle » très contemporaine et dans sa musique « magnifique ». Mais pas seulement: « C’est un opéra qui parle d’amour, de pardon, de rédemption. Je crois que [ces éléments] parlent à tout public ».

Porpos recueillis par Michael Rölli

Adaptation web: mh

« Les noces de Figaro » de Mozart, Opéra de Zurich, jusqu’au 14 février; Haute Ecole de Musique de Zurich, le 21 février; Bühnen Berne, juqu’au 6 mai 2026.