Le danger n’est donc pas tant le manque d’idées que le risque de s’engager dans des voies sans issue.

Dès lors, le problème n’est plus vraiment de trouver des usages, mais de savoir lesquels méritent d’être retenus. Toutes les pistes ne se valent pas. Certaines paraissent prometteuses à première vue, mais s’accordent mal avec les ressources de l’entreprise, les compétences disponibles, l’organisation du travail ou, tout simplement, le rythme réel d’une PME.

Le danger n’est donc pas tant le manque d’idées que le risque de s’engager dans des voies sans issue.

C’est pour cette raison que l’intégration de l’IA dans les PME devrait se lire en trois temps : l’expansion, la contraction et le réalisme.

Alain Vaes, professeur de stratégie et gestion du changement à l’UCLouvain.Alain Vaes, professeur de stratégie et gestion du changement à l’UCLouvain.Alain Vaes, professeur de stratégie et gestion du changement à l’UCLouvain et directeur du People and Digital Ecosystems Lab (PaDEL) du LouRIM. ©D.R.1. L’expansion : une machine à idées

L’IA élargit considérablement le champ des possibles. En peu de temps, une dirigeante ou un dirigeant peut faire émerger des dizaines de cas d’usage potentiels. C’est un basculement réel. Là où il fallait autrefois du temps, des ateliers ou un appui extérieur pour faire surgir des pistes, l’IA permet aujourd’hui d’en produire très vite, parfois en très grand nombre.

Plus on ouvre le champ des options, plus on augmente aussi le risque de retenir de fausses bonnes idées.

Mais cette abondance a un revers. Plus on ouvre le champ des options, plus on augmente aussi le risque de retenir de fausses bonnes idées.

2. La contraction : le moment du choix

Une PME ne peut ni tout tester, ni tout transformer simultanément. Elle doit réduire l’espace des possibles et concentrer ses efforts sur quelques usages réellement pertinents.

Ayant des ressources limitées, le succès dépendra moins de la quantité d’outils mobilisés que de la capacité à les relier aux priorités stratégiques de la PME.

Pour cela, la dirigeante ou le dirigeant doit ancrer ses choix dans une stratégie à moyen et long terme. Ayant des ressources limitées, le succès dépendra moins de la quantité d’outils mobilisés que de la capacité à les relier aux priorités stratégiques de la PME.

Cela suppose de se poser quelques questions de fond : quelle est la vision stratégique de l’entreprise à trois ans ? Où crée-t-elle de la valeur ? Où se situent les points de friction ? Où sont les processus les moins efficients ? Dispose-t-on de données fiables ? Les équipes sont-elles prêtes au changement ? Le gain attendu de l’IA est-il réaliste ? Le projet est-il soutenable dans le temps ?

Ce sont souvent ces questionnements qui prédisent la réussite ou l’échec d’un projet d’IA.

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Une intégration réussie de l’IA ne dépend pas uniquement de la performance de la technologie. Elle dépend de la capacité de l’entreprise à l’inscrire dans son fonctionnement réel.

C’est souvent là que tout se joue. Dans bien des PME, l’accompagnement au changement arrive après coup, quand l’outil a déjà été choisi. En réalité, il devrait commencer plus tôt, au moment où l’on discute encore de ce que l’on attend de l’IA, de ce qu’elle pourrait améliorer concrètement, mais aussi de ce qu’elle peut dérégler ou compliquer.

En ouvrant cette discussion avec les équipes, l’entreprise crée de meilleures conditions pour que le changement soit compris, accepté et durable.

Le réel enjeu n’est donc pas d’en mettre partout, le plus vite possible, mais de l’intégrer là où elle peut produire un effet utile, acceptable et durable.

Cela suppose aussi de regarder au-delà de la seule performance de l’outil. L’éthique des usages, la sécurité, la souveraineté des données, l’empreinte environnementale et la sobriété numérique ne sont plus des sujets secondaires.

Être sobre numériquement ne veut pas dire refuser l’innovation. C’est plutôt éviter les usages gadget, les déploiements dispersés et les outils que l’on adopte parce qu’ils existent et sans réelle utilité. Dans ce contexte, l’IA de confiance prend tout son sens.

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L’introduction de l’IA dans une PME, c’est accepter d’initier un changement profond qui touchera aux rôles, aux responsabilités, aux habitudes de travail et aux prises de décision. Le réel enjeu n’est donc pas d’en mettre partout, le plus vite possible, mais de l’intégrer là où elle peut produire un effet utile, acceptable et durable.

Dans les années qui viennent, les entreprises les plus avancées ne seront pas forcément celles qui auront adopté le plus d’outils, mais celles qui auront su distinguer les usages utiles des illusions technologiques. En ce sens, la sobriété numérique consiste à développer une IA de confiance, c’est-à-dire une IA utile, maîtrisée, sécurisée, sobre et alignée sur les valeurs, les données et les capacités réelles de la PME. En matière d’IA, la vraie modernité n’est pas de tout essayer. C’est de savoir ce qui est pertinent et ce qu’il convient d’écarter.