Après ‘Ce que nous sommes’, Zep signe ‘Tourner la page’, une bande dessinée à l’aquarelle aux réflexions existentielles. L’histoire est celle d’un écrivain à la dérive, qui décide de disparaître pour tout recommencer ailleurs. Suite à son ‘décès’, les hommages et la vente de ses livres se multiplient.

Si le grand public le connaît surtout pour ‘Titeuf’ et ses millions d’albums écoulés, ainsi que pour ses ouvrages humoristiques tels que ‘Happy Sex’, ‘Happy Girls’ ou ‘Happy Parents’, Zep réalise aussi des bandes dessinées aux thématiques plus graves et aux traits plus réalistes depuis 2013. Après ‘Une histoire d’hommes’, ‘Un bruit étrange et beau’, ‘The End’ et ‘Ce que nous sommes’, le dessinateur publie ‘Tourner la page’.

‘Tourner la page’, c’est l’histoire de Lambert Delville, ancien écrivain à succès, qui n’arrive plus à convaincre son éditrice ni son public. Lassée par ses jérémiades d’auteur, sa femme le quitte. Lambert Delville décide alors de partir seul sur son bateau. Un orage éclate et le voilà porté disparu.

La meilleure oeuvre possible Couverture de la BD 'Tourner la page' de Zep. [Rue de Sèvres] Couverture de la BD ‘Tourner la page’ de Zep. [Rue de Sèvres]

Avec ce nouvel album, Zep explore plusieurs réflexions: sur la mémoire, sur l’oubli, sur le statut d’écrivain, sa vanité, ses angoisses. « Cela m’intéressait de creuser ce truc de vouloir durer à tout prix, confie le bédéaste dans l’émission Vertigo du 27 avril. Est-ce que ça fait partie de notre ADN d’humain de vouloir s’inscrire dans la durée, de laisser une trace? ».

Et le dessinateur genevois de poursuivre: « Dans le milieu artistique, il y a toujours cette idée qu’on a envie de faire la meilleure œuvre possible. Mais en fait, on se rend compte qu’on n’est pas du tout maître de la postérité, de ce qui va rester de nous, puisque c’est souvent après la mort qu’on ressort plein de trucs mis de côté, des correspondances, des albums inédits. C’est un petit peu étrange quand même ça. Donc voilà, ça m’intéressait de gratter un peu ».

Dessiner des « vrais gens »

‘Tourner la plage’ plonge également dans les méandres du monde de l’édition, de la relation privilégiée et étroite entre un auteur et son éditeur, et du fait que ce monde est un business à part entière. Seize ans après avoir obtenu le prix Femina, Lambert Delville est devenu un has been. Sa supposée mort va lui permettre de revenir sur le devant de la scène. De quoi rassurer son orgueil et sa vanité, à l’abri des regards sur une petite île de la mer Egée.

Planche tirée de la BD 'Tourner la page' de Zep. [Rue de Sèvres] Planche tirée de la BD ‘Tourner la page’ de Zep. [Rue de Sèvres]

Comme dans ces précédents albums, Zep s’est inspiré de visages connus pour dessiner ses personnages. « Je travaille toujours un peu comme pour un film. Je fais un storyboard très précis et pendant ce temps je réfléchis à mes personnages. Je vais un peu sur Internet, je regarde dans la rue, même quand je suis dans un café. Ça m’est arrivé d’aborder des gens en leur disant: ‘Vous feriez un bon personnage' », avoue le dessinateur.

Et de poursuivre: « Après je leur demande s’ils sont d’accord de prêter leurs traits. Je leur demande de venir quelques jours chez moi, à l’atelier. Donc souvent je demande soit à des gens très proches ou à des comédiens parce que c’est plus facile de poser. Pour Lambert Delville en l’occurrence, j’ai demandé à José Lillo, un comédien assez connu. Je me rends compte que le plaisir du dessin réaliste, pour moi, passe par l’observation ».

Propos recueillis par Anne Laure Gannac

Adaptation web: Sarah Clément

Zep, ‘Tourner la page’, ed. Rue de Sèvres, avril 2026.