Stupeur, Sophie la girafe est made in China

«Mediapart» révèle que le jouet en caoutchouc naturel censé être fabriqué en Haute-Savoie serait massivement produit en Chine.

Adriana Stimoli Publié aujourd’hui à 16h18 Sophie la girafe, jouet de dentition en caoutchouc naturel hypoallergénique de Vulli, posée sur fond rose.

Une enquête pour tromperie commerciale menace l’entreprise de sanctions financières importantes.

IMAGO/Depositphotos

Vous la connaissez sans doute. Avec ses jolies joues rosées et son «pouet-pouet» caractéristique, Sophie la girafe est un incontournable de la panoplie du nouveau-né. L’entreprise Vulli, qui la commercialise, affirme en vendre chaque année autant qu’il naît de bébés en France, soit entre 700’000 et 800’000 exemplaires.

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Le produit mise sur un récit soigné: celui du savoir-faire made in France. Mais «Mediapart» publie une enquête qui écorne sérieusement cette image. Selon nos confrères, dès 2013, une grande partie des Sophie sortait déjà d’usines chinoises. Pire: depuis 2019, la production française ne serait plus qu’«infinitésimale».

Sophie, une histoire française

Pour comprendre ce glissement vers la Chine, il faut remonter le temps. L’aventure de Sophie la girafe débute bien à Rumilly, en Haute-Savoie: en 1982, Vulli rachète Delacoste et y installe la production. Au début des années 2000, le nouveau directeur général Serge Jacquemier reprend les rênes avec une ambition claire: faire de la girafe l’étendard du «savoir-faire français» à l’international.

Mais qui dit export dit volumes et cadences soutenues. «On n’avait pas les moyens, donc on s’est tournés vers la Chine», confie un ancien cadre à «Mediapart». Là-bas, fabriquer une Sophie coûterait quatre à cinq fois moins cher. La sous-traitance s’installe en catimini. Des photos datant de 2013, que le média en ligne a pu consulter, montrent déjà des ateliers chinois tournant à plein régime, dans des conditions où la sécurité des ouvriers semble pour le moins négligée.

Une usine-vitrine à Rumilly?

Officiellement, pourtant, Sophie reste Française. Sur place, à Rumilly, l’atelier tourne au ralenti… voire à vide. «Mon bureau donnait sur l’atelier. Je voyais bien que personne n’y travaillait. Je n’ai jamais vu les machines tourner», raconte une ancienne salariée à nos confrères. Selon plusieurs témoignages concordants, la chaîne ne s’animait qu’à l’occasion des visites de journalistes ou de clients. «On plaçait quatre ou cinq personnes dans l’atelier, la matière première était périmée. Tout était mis en scène», confie un cadre à «Mediapart».

En résumé, la manœuvre décrite par le média français est la suivante: les girafes arrivaient en vrac, dans des conteneurs en provenance de Chine. Elles étaient simplement emballées à Rumilly, avant d’être expédiées aux quatre coins du monde. Avec, sur la boîte, la mention «made in France».

Les autorités enquêtent

Dès 2020, un signalement anonyme apparaît sur la plateforme SignalConso. «Ce produit n’est pas de fabrication française, mais made in China», alerte un collaborateur de l’entreprise, rapporte «Mediapart». Vulli balaie alors les accusations.

Mais le climat social se dégrade rapidement, notamment dans le sillage de la crise du coronavirus. Les départs, arrêts maladie et licenciements se multiplient. Plusieurs alertes finissent par remonter jusqu’à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Une enquête est toujours en cours aujourd’hui, précise «Mediapart».

Le média note ainsi que plusieurs contrôles ont eu lieu – le dernier remontant à quelques semaines – et que des poursuites pour pratique commerciale trompeuse sont envisagées. L’amende pourrait grimper jusqu’à 80% des dépenses engagées dans la fraude, soit plusieurs millions d’euros. En toute discrétion, la mention du lieu de production a d’ailleurs disparu des emballages et été remplacée par un pudique «Née à Paris».

L’entreprise réagit

Contactés par «Mediapart», Vulli et son PDG, Alain Thirion, ont d’abord dénoncé une «fake news» et refusé de s’exprimer, avant de changer de version dès le lendemain. Auprès de l’AFP, l’entreprise a reconnu ce lundi qu’une partie de sa production était bien délocalisée en Chine. «Cela n’a jamais été un mystère», assure désormais Alain Thirion, expliquant que le jouet y est fabriqué «en partie» depuis une trentaine d’années. Plus surprenant encore: certains exemplaires seraient même intégralement produits à l’étranger, à titre «temporaire» en raison des retards accumulés sur la construction d’une nouvelle usine, reconnaît-il.

Au sujet de Sophie la girafe

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