Dans le Pays-d’Enhaut, Bastien Rossier et Yaëlle Maye réinventent l’agriculture de montagne. Grâce à des techniques innovantes et une approche durable, ils transforment les défis de l’altitude en opportunités. Entre innovation et savoir-faire traditionnel, ils esquissent les contours d’une agriculture plus résiliente face au changement climatique.
A 900 mètres d’altitude, là où le froid persiste jusqu’en juin et où le soleil se fait rare en hiver, Bastien et Yaëlle cultivent des légumes dans des conditions extrêmes. Dans leur micro-ferme bio nichée dans le Pays d’Enhaut, ils produisent des radis, des salades asiatiques, des plantes aromatiques et même des poivrons sous serre.
« Il y a 20 ans, ils ne seraient jamais arrivés à maturité », s’émerveille dans l’Effet papillon Christophe Randin, biogéographe et directeur du Jardin botanique Flore-Alpe à Champex-Lac. Ce qui paraissait impensable devient réalité. L’altitude, longtemps perçue comme une limite, se révèle être un terrain d’innovation.
>> L’émission complète de l’Effet papillon dans la ferme d’altitude du Potag’Oex : La montagne change de culture / L’Effet papillon / 56 min. / hier à 17:03 Quand le froid devient un allié inattendu
Malgré un climat difficile, Bastien et Yaëlle ont appris à tirer parti des contraintes naturelles. « Nous sommes toujours les derniers à avoir du gel et de la neige, mais cela permet un nettoyage naturel au niveau des ravageurs », explique Yaëlle.
Je peux faire des choux magnifiques sans mettre de filet, sans faire de traitement. En plaine, les agriculteurs sont obligés de protéger leurs cultures toute la saison à cause des insectes
Yaëlle Maye, cofondatrice du Potag’Oex
Leur secret? Une adaptation constante. En associant des cultures complémentaires, comme les poireaux et les carottes, qui éloignent mutuellement leurs ravageurs, ils optimisent l’espace et maintiennent une production diversifiée.
Même constat durant l’été. Alors qu’un collègue lausannois ne peut plus produire de radis en juillet à cause de la chaleur, le Potag’Oex en vend par caisses entières. La contrainte est devenue une niche.
Des solutions pour l’avenir
Le biogéographe Christophe Randin suit avec intérêt ces initiatives dans le cadre de ses recherches à l’EPFL et à l’Université de Lausanne. Selon lui, les micro-fermes comme celle de Bastien et Yaëlle sont de véritables laboratoires d’expérimentation. « Ils testent des techniques et des idées qui pourraient être reproduites ailleurs, et c’est ainsi que l’on peut anticiper les transformations à venir », note le directeur du jardin botanique alpin Flore-Alpe.
Ces néo-paysans expérimentent des solutions qui pourraient inspirer l’agriculture de demain
Christophe Randin, biogéographe, directeur du jardin botanique Flore-Alpe La science valide l’intuition
Christophe Randin suit ces transformations depuis quinze ans. Ce qu’il observe le fascine: « Certaines plantes qui ne pouvaient pas pousser en été il y a quinze ans en altitude arrivent maintenant à faire leur cycle complet. »
Le chercheur identifie des opportunités majeures. Les céréales d’automne comme le blé ou le seigle ont besoin de froid pour se développer. Avec le réchauffement en plaine, leur qualité diminue. Mais en altitude, elles retrouvent leurs conditions idéales.
Le sylvopastoralisme, ou l’art de composer avec la forêt
Face à la remontée de la limite forestière, Christophe Randin propose une solution: le sylvopastoralisme. Plutôt que de lutter contre la progression des arbres, pourquoi ne pas l’accompagner?
« On produit du bois, on protège le fourrage et les bêtes par la forêt », détaille-t-il. Le mélèze, qui colonise rapidement l’altitude, crée en prime des paysages spectaculaires qui attirent les touristes en automne. C’est l’exemple même de l’approche systémique prônée par le chercheur: transformer un défi en opportunité multiple.
Des laboratoires d’avenir
Au-delà de leur production, ces micro-fermes jouent un rôle crucial . « Elles expérimentent et testent des techniques. C’est autant de solutions qui permettront peut-être l’effet papillon », souligne Christophe Randin.
La Suisse, par sa diversité de climats et de configurations montagneuses, devient ainsi un véritable laboratoire grandeur nature.
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Zoé Decker