Un durcissement de l’accès au service civil serait néfaste pour la Suisse, selon l’Alliance « Non à la loi sur le service civil ». Le comité a présenté mardi ses arguments contre la réforme prévue, soumise au vote populaire le 14 juin.
Le service civil intervient là où il manque du personnel. Mais, avec la réforme, il perdrait 40% de ses effectifs. Il faut donc s’attendre à des défis majeurs pour les cantons et les communes, selon la Fédération suisse pour le service civil CIVIVA, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), le PVL et la gauche.
« Le service civil est malheureusement aujourd’hui dépeint au Parlement comme une menace pour l’armée », a déploré la conseillère nationale Priska Seiler-Graf (PS/ZH), coprésidente de CIVIVA. Or, les civilistes renforcent justement la sécurité du pays en temps de crise, pointe-t-elle.
Réforme « inutile, contre-productive et dangereuse »
Ils étaient mobilisés dans les hôpitaux, les EMS et les structures sociales pendant la crise du Covid-19, a appuyé la conseillère nationale Clarence Chollet (Vert-e-s/NE), également coprésidente de CIVIVA. Ces mêmes civilistes ont organisé l’accueil des réfugiés pendant la guerre en Ukraine. « Ces exemples montrent à quel point nos sociétés peuvent être vulnérables en temps de crise et le rôle essentiel du service civil », a ajouté la Neuchâteloise.
Le conseiller national Patrick Hässig (PVL/ZH) a lui dénoncé une négligence de la part du gouvernement. « Quiconque affaiblit le service civil en période de pénurie de personnel soignant n’a pas compris le problème », a-t-il déclaré. « La réforme est non seulement inutile, mais aussi contre-productive et dangereuse. »
« Contraire au droit international »
Il ne faut pas oublier la raison première du service civil: il a été créé il y a une trentaine d’années afin d’offrir une alternative à l’armée pour les objecteurs de conscience, qui étaient jusque-là emprisonnés, a ajouté Rayyân Rehouma, secrétaire politique du GSsA.
« L’objection de conscience est un droit reconnu par le Comité des droits de l’homme et la Cour européenne des droits de l’homme », a-t-il précisé. La décision de servir est un choix personnel qui peut être lourd de conséquences, avec le risque de devoir laisser sa vie sur le champ de bataille et de tuer lorsqu’on nous l’ordonne.
La Suisse doit respecter ceux qui, pour des raisons politiques ou religieuses, refusent de s’engager dans l’armée, a ajouté Rayyân Rehouma. D’autant que le scénario le plus probable avec la nouvelle loi est que les personnes ne voulant pas faire le service militaire fassent en sorte d’être exemptées pour des raisons médicales. Résultat: elles ne serviront ni l’armée, ni le service civil.
Pronostics serrés
La réforme du Conseil fédéral et du Parlement prévoit une série de mesures pour réduire l’accès au service civil. Le but est de renforcer les effectifs de l’armée et de la protection civile et d’éviter ce qui est perçu comme des abus. Les personnes qui ont terminé leur service militaire ne pourront par exemple plus passer au service civil afin d’éviter les tirs obligatoires. Les cadres verront leurs conditions d’admission au service civil également restreintes.
Les pronostics de vote sont très serrés. Une part plus ou moins égale était pour et contre le texte soumis au vote, selon les premiers sondages.
ats/miro