Jusqu’au 10 mai, en marge du festival BDFIL, l’exposition ‘Quel.le.x.s combles! De l’underground à l’attic: la BD queer contemporaine’ rassemble une dizaine d’artistes suisses et internationaux autour d’une thématique: comment la bande dessinée contemporaine raconte aujourd’hui les identités queer.
Le terme « queer » signifie « étrange », « bizarre » en anglais. Au départ, il est utilisé comme une insulte homophobe. Puis, dans les années 1980, la communauté homosexuelle aux Etats-Unis s’approprie le mot afin de le normaliser, de le rendre positif et inclusif.
Pour ce qui est de la BD queer, s’il est difficile de lui donner une véritable définition, il existe néanmoins une genèse historique: c’est une femme, la dessinatrice Mary Wings, qui réalise le premier comics underground. Il s’appelle ‘Come Out Comix’ et il sort en 1973.
Un médium accessible
Quelques années plus tard, toujours aux Etats-Unis, un groupe d’autrices et d’auteurs se réunissent pour publier la première revue de bande dessinée dédiée aux récits abordant l’homosexualité hommes et femmes. Intitulée ‘Gay Comix’, cette revue fait fureur, parce que lesbiennes et homosexuels prennent la plume ensemble.
Dans les années 1960 et 1970, avant l’ère numérique et internet, l’impression est le principal moyen de communication. La bande dessinée était particulièrement accessible, parce qu’elle nécessitait peu de matériel: un stylo, des agrafes, et un moyen d’impression.
Cette accessibilité a attiré de nombreux artistes et a permis à la BD de devenir un espace privilégié pour explorer et diffuser des thématiques LGBTQIA+. Un sujet pourtant interdit par le ‘Comics Code’, l’organe d’auto-censure des éditeurs.
Une approche contemporaine
Aujourd’hui, quarante-six ans après le premier numéro du magazine ‘Gay Comix’, le mouvement continue avec l’exposition ‘Quel.le.x.s combles! De l’underground à l’attic: la BD queer contemporaine’ à laquelle participent dix artistes suisses et internationaux se démarquant par leur approche contemporaine de la bande dessinée queer.
Une planche de l’artiste Maurane Mazars à découvrir dans l’exposition de BDFIL [Le Lombard]
Quand Joachim Guex, curateur de ‘Quel.le.x.s combles!’ apprend que son exposition se tiendra au sommet de la maison Pyxis à Lausanne, il ronchonne: « je me suis dit qu’il y a un peu une ironie: on sort la BD queer de la cave, on la met sous les toits, c’est un peu le comble! ».
Dans cette exposition, la queerness est abordée dans sa multiplicité, sa polysémie, mais surtout dans sa capacité à dessiner des utopies à une époque où l’horizon politique des minorités se noircit. Et Joachim Guex a choisi de faire de sa présence en attique un parti pris, montrant que ce lieu n’est pas uniquement une destination où l’on range les objets voués à prendre la poussière, mais qu’il s’agit au contraire d’un nouvel espace à conquérir, un lieu où la marginalité devient potentialité.
Décryptage: Layla Shlonsky
Adaptation web: ld
‘Quel.le.x.s combles! De l’underground à l’attic: la BD queer contemporaine’, Pyxis, Lausanne, jusqu’au 10 mai 2026.