Médecin nazi particulièrement redouté, Josef Mengele a échappé à la justice, réussissant à fuir en Amérique du Sud après la Seconde Guerre mondiale; il est mort au Brésil en 1979. L’officier SS aurait séjourné en Suisse au début des années 1960, mais son dossier aux Archives fédérales reste bloqué.

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a annoncé lundi accorder l’accès au dossier sur le criminel de guerre nazi Josef Mengele.

Photographie du document d'identité argentin de Josef Mengele datant de 1956. [Wikimedia commons] Photographie du document d’identité argentin de Josef Mengele datant de 1956. [Wikimedia commons]

Toutefois, dans les faits, alors que ces documents auraient dû bénéficier d’une « pratique libérale » de consultation (lire premier encadré), leur accès risque d’être limité.

Après la guerre, aidé par un réseau d’anciens nazis, Josef Mengele a réussi à fuir en Amérique du Sud: une cavale de plus de trente ans, sous différents patronymes (lire deuxième encadré).

En 1956, le criminel nazi obtient un permis de séjour argentin sous son vrai nom, ce qui lui permet de se rendre en Europe: il aurait notamment fait du ski à Engelberg pendant dix jours. En 1961, il aurait été vu à Kloten chez sa seconde épouse, Martha.

Depuis sa remise aux Archives fédérales suisses (AFS), le dossier Mengele est soumis à un délai de protection prolongé jusqu’en… 2071!

Une date jugée absurde – 92 ans après le décès du criminel nazi – par la communauté des historiennes et historiens, puisque la plupart des archives est habituellement protégée pendant 80 ans. S’est-il donc passé quelque chose de particulier en 1991?

Une curieuse mutation

La réponse est oui, selon l’historien Gérard Wettstein: « Cette année-là, un employé des Archives fédérales a mis quelque chose dans le dossier, ce qui a créé ce qui s’appelle une ‘mutation’ dans le jargon des spécialistes: le comptage des années a été mis à zéro et 80 ans ont été ajouté à partir de 1991. Ce n’est pas justifiable! », souligne-t-il à RTSinfo.

Par conséquent, le SRC a jusqu’à présent rejeté les demandes de consultation, en dernier lieu en février 2026, selon son communiqué daté du 4 mai. Un recours contre cette décision est pendant devant le Tribunal administratif fédéral (TAF), lancé par Gérard Wettstein, épaulé par l’historienne et journaliste Regula Bochsler, qui avait elle aussi essayé de compulser le dossier Mengele en 2022, sans succès.

Dans le cadre cette procédure de recours, le SRC a effectué diverses vérifications, notamment avec les AFS: « Je viens de recevoir une lettre du Service de renseignement expliquant que le TAF va rendre une nouvelle décision – peut-être en été ou en automne – en partant de l’idée qu’il faut libérer ce dossier », explique l’historien qui ajoute: « Mais avec des ‘Auflagen und Bedingungen’, soit certaines conditions et exigences ».

« Des informations dignes de protection »

Selon le SRC, le dossier contient encore « des informations dignes de protection », ce qui justifierait ces mesures qui s’appliqueront aussi à l’avenir à toute nouvelle demande de consultation.

Caviardage et censure? Tout cela intrigue. Qui essaie-t-on de protéger? Quels éléments veut-on taire? « C’est idiot. Tant que le dossier est inaccessible, on peut imaginer ce qu’on veut », lance Gérard Wettstein.

En attendant, l’historien a mis sur pied une campagne de financement participatif soutenue par la Société suisse d’histoire (SSH) afin de couvrir les frais judiciaires suscités par le dépôt d’un recours au Tribunal administratif fédéral: une démarche qui peut coûter extrêmement cher.

>> Ecouter l’interview de Gérard Wettstein, ce soir dans l’émission Forum

Stéphanie Jaquet et l’ats