Des dizaines de milliers de morceaux générés par intelligence artificielle sont mis en ligne chaque jour sur les plateformes de streaming. Cette production massive bouleverse l’industrie musicale et soulève des questions cruciales sur la propriété intellectuelle, la rémunération des artistes et l’avenir de la création musicale.

Des plateformes comme Suno ou Udio permettent aujourd’hui de créer des morceaux en quelques secondes à partir d’une simple description. Céline, créatrice de bougies et prof de danse française, a ainsi sorti trois albums sans jamais se rendre en studio. Elle a simplement tapé des extraits de son journal intime dans une IA.

Cette facilité de production inquiète le secteur musical. Les modèles d’IA sont entraînés sur des catalogues d’œuvres existantes. Certaines plateformes comme Suno ont été attaquées pour violation du copyright. D’autres signent des accords avec des labels pour utiliser légalement leurs catalogues et rémunérer les artistes dont le style est imité. « On peut imaginer à travers ces accords une nouvelle forme de produits dérivés des oeuvres », analyse Loïc Riom, chercheur postdoctoral et chargé de cours au Laboratoire d’études des sciences et des techniques de l’Université de Lausanne, dans Le Point J.

Il y a un passage d’échelle qui pose toute une série de questions sur la régulation du marché du streaming.

Loïc Riom, chercheur postdoctoral et chargé de cours au Laboratoire d’études des sciences et des techniques de l’Université de Lausanne.

La question de la propriété intellectuelle reste floue. Un morceau simplement généré par un prompt n’est pas reconnu comme une œuvre originale en Suisse. Mais qu’en est-il si on écrit les paroles soi-même? Ou si l’IA ne fait qu’arranger une composition existante? Ces zones grises nécessiteront de nouvelles législations.

« Le problème, ce n’est pas tellement des artistes IA qui sortiraient un album de temps en temps. C’est cet énorme volume qui est téléchargé et mis en ligne chaque jour, et qui rejoue une histoire qui n’est pas nouvelle: tous les enjeux sur la fiabilité du marché et son intégrité », ajoute Loïc Riom. Fausses écoutes destinées à doper les algorithmes et à capter des revenus, concurrence entre musique générée à bas coût et contrats d’artistes « physiques »… Les défis sont nombreux.

Comment réagissent les artistes? Comment le marché s’adapte-t-il à cette déferlante? Quels sont les projets de régulation?

>> >> Ecoutez l’épisode complet du Point J : La musique générée par IA… c’est l’avenir ? / Le Point J / 13 min. / aujourd’hui à 17:00

Jessica Vial et l’équipe du Point J