Interdire les smartphones à l’école ne suffit pas à améliorer les notes

Une étude américaine montre que les interdictions n’améliorent ni les résultats ni l’attention en classe. Au contraire, les sanctions et le stress des élèves auraient augmenté.

Edgar Schuler Publié aujourd’hui à 17h00 Rangement en bois contenant plusieurs smartphones confisqués dans une salle de classe de l’école Munzinger, où les téléphones sont interdits.

Les smartphones ont été interdits dans de nombreux établissements scolaires suisses, mais l’efficacité de cette mesure est contestée.

Adrian Moser/Tamedia

En bref: Une vaste étude américaine remet en question l’efficacité des interdictions des smartphones à l’école.Les données de plus de 40’000 écoles montrent des effets sur les résultats «proches de zéro».Les interdictions ont provoqué davantage de sanctions disciplinaires et de stress chez les élèves.

Depuis que Vaud a introduit en 2019 une interdiction des téléphones portables à l’école, des cantons comme Argovie, Nidwald et le Valais lui ont emboîté le pas. Dans de nombreux endroits, communes et écoles édictent également leurs propres règles.

Le téléphone portable est pointé du doigt comme le principal responsable des problèmes scolaires – distraction, harcèlement, baisse des résultats et absentéisme en hausse. Les attentes sont donc élevées.

Le bannissement des smartphones est donc largement soutenu par la population. Selon un sondage de l’institut Sotomo, 82% des Suisses se prononcent en faveur de ces mesures. L’idée trouve même une majorité parmi les jeunes adultes.

Une nouvelle étude de grande ampleur arrive pourtant à une autre conclusion: les interdictions n’auraient pas l’effet escompté.

Les performances scolaires ne s’améliorent pas

L’étude a été publiée lundi par le National Bureau of Economic Research aux États-Unis. Il s’agit de la plus vaste enquête menée à ce jour sur l’interdiction des téléphones portables dans les établissements scolaires.

Des chercheurs de plusieurs universités américaines ont analysé les données de plus de 40’000 écoles. Ils ont combiné des informations sur les performances scolaires, des statistiques disciplinaires, des données sur l’utilisation du téléphone portable ainsi que des enquêtes menées auprès des enseignants et des élèves.

L’étude s’est concentrée sur les écoles ayant instauré des interdictions particulièrement strictes – comme des étuis «verrouillables» qui bloquent l’accès au téléphone portable durant toute la journée. Ces établissements ont été comparés à d’autres écoles similaires sans de telles mesures.

Les données révèlent d’abord un effet clair: l’utilisation des smartphones en classe recule nettement. C’est la bonne nouvelle.

Mais le constat principal déçoit: en moyenne, aucune amélioration des résultats scolaires n’a pu être démontrée.

Les résultats dépendent de nombreux facteurs

La plateforme Streamline, qui traite de thèmes éducatifs au niveau international, écrit que l’étude provoque des remous dans le système éducatif. En effet, elle remet en question une idée largement répandue, selon laquelle limiter l’usage des smartphones suffirait à résoudre des problèmes scolaires majeurs. L’étude met plutôt en lumière des facteurs bien plus difficiles à réguler qu’une simple interdiction des téléphones portables.

L’étude ne fournit pas d’explication unique mais met en évidence des corrélations essentielles: la stabilité de l’environnement familial et la qualité de l’enseignement jouent un rôle déterminant. En revanche, l’influence d’un facteur isolé comme l’utilisation du téléphone portable reste limitée.

L’étude révèle aussi des effets secondaires inattendus de l’interdiction des téléphones portables. Dans les écoles où les règles sont strictes, les mesures disciplinaires ont nettement augmenté la première année, notamment les suspensions.

Les chercheurs expliquent ce phénomène par deux facteurs. D’abord, les nouvelles règles doivent s’imposer progressivement. Ensuite, le comportement des élèves évolue avec l’interdiction: privés de leur smartphone, ils cherchent d’autres sources de distraction ou multiplient les conflits avec leurs camarades.

Le bien-être des élèves en a aussi pâti. Beaucoup ont signalé une augmentation du stress et de la frustration durant la première année suivant l’interdiction.

Effet «proche de zéro» de l’interdiction du portable

Les chercheurs eux-mêmes commentent sobrement leurs résultats. En moyenne, les effets sur les performances scolaires sont «proches de zéro», peut-on lire dans l’étude. Ils ne trouvent pas non plus d’indices d’amélioration sur d’autres attentes centrales – ni sur l’absentéisme scolaire, ni sur l’attention en classe, ni sur le harcèlement en ligne.

Selon le «New York Times», l’économiste de Stanford Thomas S. Dee, l’un des auteurs, met néanmoins en garde contre une évaluation trop hâtive de l’effet d’une interdiction des téléphones portables. Dans le domaine de l’éducation, les réformes sont souvent introduites trop rapidement – et tout aussi rapidement abandonnées, bien que leurs effets ne se manifestent qu’après un certain temps.

Traduit de l’allemand par Lily Worsham.

Sur le téléphone portable à l’école

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