Il succède à Pierre-Henri de Menton, parti du magazine économique en avril sur fond de «divergences» avec le nouvel actionnaire, le géant du luxe LVMH.

Le navire Challenges a un nouveau capitaine. Sans surprise, la société des journalistes (SDJ) du magazine économique vient d’approuver ce mardi 5 mai la candidature d’Emmanuel Duteil au poste de directeur de la rédaction. Le journaliste, jusqu’alors à la tête de L’Usine nouvelle et chroniqueur occasionnel pour l’émission «On n’arrête pas l’éco» sur France Inter, a récolté cinquante voix en sa faveur, pour cinq «non» et six abstentions. «Le bureau de la SDJ félicite Emmanuel Duteil et lui souhaite une pleine réussite. Nous resterons un interlocuteur vigilant aux enjeux déontologiques», a écrit l’organisation à ses membres.

Emmanuel Duteil succède à Pierre Henri de Menthon, qui a annoncé son départ en avril dans un contexte de vives tensions avec le groupe LVMH, propriétaire du titre depuis le 30 décembre 2025. «Je vous confirme que mes échanges avec l’actionnaire ont fait apparaître des divergences sur les conditions de l’exercice de mes fonctions», avait confié Pierre-Henri de Menthon. Le rachat de Challenges par le géant français du luxe a suscité une levée de boucliers parmi les journalistes, qui lui reprochent notamment de ne pas vouloir reconduire en l’état la charte d’indépendance de la rédaction.


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Cap sur le digital

Le nom d’Emmanuel Duteil avait été suggéré par un comité éditorial composé de deux représentants de la SDJ, Maurice Szafran, le directeur de la publication, Pierre-Henri de Menthon et deux personnalités extérieures, Marie-Louise Antoni, ex-conseillère d’Éric Lombard à la Caisse des dépôts, et d’Augustin de Romanet, ex-PDG du groupe ADP (Aéroports de Paris). Il a ensuite été soumis au vote de la rédaction, conformément à la charte d’indépendance encore en vigueur jusqu’en mai 2027.

«Ce scrutin, qui s’est déroulé de façon apaisée, montre également que le système d’approbation des candidats à la direction de la rédaction par un vote, y compris lorsque le candidat vient de l’externe, fonctionne tout à fait. Il permet de créer un lien de confiance entre le directeur et la rédaction», a plaidé le bureau de la SDJ après l’annonce des résultats.

La veille du vote, Emmanuel Duteil avait présenté sa feuille de route pour le magazine lors d’un grand oral devant les membres de la SDJ. Les défis qui attendent le nouveau directeur de la rédaction sont nombreux. D’abord, des économies s’imposent : Challenges perd sept millions d’euros par an, pour un chiffre d’affaires de 14 millions. Pour stopper l’hémorragie, il prévoit de réduire la pagination de Challenges de huit pages en moyenne, sur 108 à pages actuellement.

Emmanuel Duteil entend aussi mettre le cap sur le numérique. Le magazine papier constituera la « cerise » sur le « gâteau » du web, a-t-il expliqué aux membres de la SDJ selon La Lettre. À cette fin, il fusionnera les équipes «print» et «web», et veut également construire un nouveau site internet. La priorité sera donnée aux articles enrichis, plutôt qu’à la reprise de dépêches d’agences de presses. «La marque doit se développer sur le digital, le BtoB et l’événementiel, autant de sujets qu’Emmanuel Duteil maîtrise», observait un connaisseur du dossier auprès du Figaro en avril.

Plus d’économie, moins de politique

Emmanuel Duteil va aussi opérer un virage à 180° au profit des sujets économiques. Sous l’impulsion de l’ancien propriétaire Claude Perdriel, Challenges avait renforcé la couverture de la politique intérieure et étrangère pour se positionner sur le marché des magazines d’information généraliste. La newsletter Indiscrétions, consacrée aux coulisses du pouvoir exécutif, en est l’exemple. Désormais, ce sera moins d’articles sur le jeu des partis politiques et de leurs caciques, davantage de place dédiée à l’industrie, à la compétitivité ou encore aux finances de l’État. Malgré ce demi-tour stratégique, le magazine conservera un éditorial politique dans ses pages.

Claude Perdriel investit dans la relance de Challenges


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Enfin, Emmanuel Duteil devrait perpétuer le classement des 500 plus grandes fortunes de France, publié par Challenges chaque été. En 2025, Bernard Arnault, le patron de LVMH, figurait à la deuxième marche du podium avec un patrimoine estimé à 116 milliards d’euros. De quoi faire dire à certains connaisseurs du dossier que le rachat de Challenges visait à faire cesser la publication de ce classement annuel.

Passé par BFM Business et le service économique d’Europe 1, Emmanuel Duteil bénéficie d’une bonne réputation au sein de la rédaction de Challenges. Un vote en sa faveur ce mardi 5 mai était donc attendu. « Il a un profil plus économique que politique. Il est respecté dans l’univers des médias », commentait un journaliste de Challenges dans les colonnes du Figaro le mois dernier. Emmanuel Duteil prendra ses fonctions le 15 juin, après le bouclage de l’édition 2026 du classement des grandes fortunes.