La Suisse doit-elle payer les frais d’hospitalisation des victimes italiennes de Crans-Montana? Alors que le Conseil fédéral et l’Italie discutent d’un accord en ce sens, l’idée divise à Berne. Le conseiller national Cyril Aellen, par exemple, se montre très critique. Interrogé dans Forum, le président de la Confédération Guy Parmelin défend la démarche.
Selon ce projet d’accord qui semble sur la bonne voie, le système de protection sociale suisse s’acquitterait des frais d’hospitalisation des patients italiens. De son côté, l’Italie paierait pour les Suisses soignés en Italie.
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L’incendie du Constellation a provoqué de vives réactions dans la péninsule et a tourné à la crise diplomatique entre Berne et Rome. Au point que le président de la Confédération Guy Parmelin a multiplié ces derniers jours les rencontres avec des responsables italiens pour apaiser la situation.
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« La meilleure solution dans l’intérêt des victimes »
Ses entrevues mardi avec le président Sergio Mattarella et le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani se sont déroulées dans « une atmosphère très cordiale et ouverte », a assuré le conseiller fédéral UDC au micro de Forum mardi soir.
« Notre objectif est de trouver la meilleure solution dans l’intérêt des victimes », souligne le Vaudois. Le gouvernement suisse va désormais se pencher sur la répartition des factures d’hospitalisation et rendra son verdict dans les semaines à venir.
Frais médicaux des victimes italiennes de l’incendie de Crans-Montana: interview de Guy Parmelin / Forum / 3 min. / aujourd’hui à 18:00 Un mauvais deal, selon Cyril Aellen
La question pourrait rebondir au Parlement. Certains élus sont déjà vent debout contre la requête du gouvernement de Giorgia Meloni. « On cède aux sirènes italiennes », dénonce le conseiller national PLR Cyril Aellen.
On essaye de faire payer plus à la Suisse que l’Italie ne paierait pour nous
Cyril Aellen, conseiller national PLR
A ses yeux, le problème doit être traité avec le droit ordinaire, même si un règlement européen prévoit que les deux pays puissent convenir de règles exceptionnelles.
« Dans les cas comme celui-là, les Italiens doivent payer pour leurs ressortissants et les Suisses pour les leurs. Cela me paraît beaucoup plus sain », estime le membre de la commission de la santé du Conseil national. Or, « on essaye de faire payer plus à la Suisse que l’Italie ne paierait pour nous », avance-t-il, car les prestations entre les deux pays ne sont pas équivalentes.
Une exception qui deviendrait la règle
Cyril Aellen craint que d’autres pays réclament à l’avenir un régime d’exception lorsqu’ils y trouvent un avantage: « A chaque fois qu’il y aura un problème, la France ou d’autres pays diront: il y a un précédent, vous avez payé les factures italiennes. Maintenant, payez les nôtres », redoute-t-il.
Pour lui, le Conseil fédéral cherche à se racheter une image après le drame. Mais selon l’élu PLR, la réputation d’un pays se construit sans faire de traitements de faveur. « En raison de l’émotion qu’a suscité le drame de Crans-Montana, il existe une volonté de traiter les choses de manière spécifique. Or, les victimes [de drames] sont nombreuses dans notre pays. On leur doit un traitement équitable », argumente le Genevois.
Texte: Antoine Michel
Propos recueillis par Thibaut Schaller, Coraline Pauchard et Antonino Galofaro