La Suisse s’est engagée à ne pas faire payer les frais médicaux aux ressortissants italiens concernés par l’incendie du Nouvel An à Crans‑Montana. Cet engagement a été pris lundi à Erevan en Arménie lors d’une rencontre entre Guy Parmelin et Giorgia Meloni. Invité mardi dans La Matinale, Gian Lorenzo Cornado, ambassadeur d’Italie en Suisse, exprime son soulagement.
Pour l’ambassadeur italien, la rencontre d’Erevan marque un dénouement important de la crise entre Rome et Berne. Il affirme que le président de la Confédération Guy Parmelin s’est engagé à ce qu’aucune facture ne soit adressée aux familles des patients, et à rechercher, au niveau du Conseil fédéral, une solution permettant de renoncer au remboursement des frais.
Interrogé sur l’emploi du mot « ignoble », utilisé par Giorgia Meloni pour qualifier l’envoi des factures aux familles des victimes, Gian Lorenzo Cornado explique que la Première ministre italienne s’est fait l’interprète de l’opinion publique de son pays. « C’était le sentiment des familles », plaide-t-il.
>> Voir l’intégralité de l’interview de Gian Lorenzo Cornado, ambassadeur d’Italie en Suisse, dans La Matinale :
L’invité de La Matinale (vidéo) – Gian Lorenzo Cornado, ambassadeur d’Italie en Suisse et au Liechtenstein / L’invité-e de La Matinale / 16 min. / hier à 07:32
« Je me suis moi‑même fait l’exécuteur des instructions que j’ai reçues du gouvernement italien. Il m’a été demandé de suivre cette approche. Je n’ai pas utilisé les mêmes mots, […] j’ai parlé de responsabilité morale », ajoute-t-il. Cette notion ne visait pas les citoyens et citoyennes suisses, mais les responsables du Constellation et les autorités et acteurs chargés des contrôles, souligne Gian Lorenzo Cornado.
Malentendu culturel
La Suisse ne manque pas d’humanité, mais elle est certainement plus attachée à une approche bureaucratique
Gian Lorenzo Cornado, ambassadeur d’Italie en Suisse et au Liechtenstein
Selon l’ambassadeur, la crise entre l’Italie et la Suisse est née d’un malentendu culturel et administratif, à savoir l’envoi de copies des factures médicales, « avec des montants exorbitants », mais qui stipulaient clairement en français que ces factures ne devaient pas être payées par les destinataires. Une procédure normale et légale en Suisse, mais totalement inconnue en Italie, où les patients ne reçoivent jamais de copies des factures de la sécurité sociale. « Cela a choqué les familles, mais aussi une partie de l’opinion publique. C’est ainsi qu’un nouveau fossé d’incompréhension s’est creusé entre l’Italie et la Suisse ».
La crise a opposé une approche qu’il qualifie de « bureaucratique à une approche davantage éthique. Il souligne, « que la Suisse ne manque pas d’humanité, mais elle est certainement plus attachée à une approche bureaucratique ».
>> Revoir aussi le récit du 19h30 sur la rencontre Parmelin-Meloni à Erevan :
Relations Suisse-Italie après Crans-Montana: un accord politique à bout touchant / 19h30 / 2 min. / lundi à 19:30 Une surprise plutôt qu’une hostilité
Face aux critiques selon lesquelles l’Italie aurait durci le ton au risque d’abîmer l’image de la Suisse, l’ambassadeur italien récuse toute mise en cause durable des relations entre les deux pays.
« Pour le reste, les relations bilatérales sont excellentes dans tous les domaines: culturel, scientifique, militaire, dossiers européens, ou encore sur les questions liées à la communauté italienne et aux frontaliers. »
Dans l’imaginaire collectif italien, la Suisse est souvent perçue comme un pays de perfection. Et à Crans‑Montana, ce n’a pas été le cas
Gian Lorenzo Cornado, ambassadeur d’Italie en Suisse et au Liechtenstein
Face à l’idée selon laquelle une partie de l’opinion publique italienne aurait accueilli les difficultés de la Suisse avec une forme de satisfaction, l’ambassadeur rejette toute notion de réjouissance. « Je ne parlerais pas de joie malsaine. Il y a eu de la surprise […] parce que, dans l’imaginaire collectif italien, la Suisse est souvent perçue comme un pays de perfection. Et à Crans‑Montana, ce n’a pas été le cas », précise-t-il.
Avec près de 900’000 Italiens et Italiennes, binationaux ou Suisses d’origine italienne vivant en Suisse, Gian Lorenzo Cornado estime qu’ »il ne peut pas y avoir de haine, ni d’agressivité critique vis-à-vis de la Suisse ».
Propos recueillis par Pietro Bugnon
Adaptation web: Miroslav Mares