Situé en plein cœur de la Confédération, à la frontière entre la Suisse romande et alémanique, l’Oberland Bernois est le bastion des Alpes bernoises. Ici, comme souvent dans le pays, tout commence par le rail. Pour Kelly et Ruben, l’immersion débute à bord du train GoldenPass, une ligne légendaire reliant la Riviera vaudoise à la Suisse alémanique. « Dès le départ, le parcours vous met en condition, confie Kelly. Les vitres panoramiques offrent un spectacle de carte postale : le vert vibrant des alpages succède aux forêts sombres, tandis que des torrents et des lacs étincellent sous le soleil. »
À Gstaad, l’art du ciseau
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Avec la ligne du GoldenPass, il est possible d’arriver dans le train « Belle Époque» à Gstaad. L’impression d’un saut dans le temps est immédiate ! La station est mondialement connue, mais elle surprend : ici, c’est une forme d’authenticité qui saute aux yeux. Kelly et Ruben commencent leur découverte en plongeant dans l’une des traditions les plus sacrées du Saanenland. Nous sommes ici dans le « berceau du papier découpé ». C’est à Schönried que nos voyageurs rencontrent Regina Martin, l’une des grandes spécialistes de cet art étrange… Dans son chalet, la dame perpétue depuis 40 ans un artisanat qui date du XVIe siècle. « C’est un travail d’une minutie extrême, explique Kelly. Elle utilise une minuscule paire de ciseaux pour donner vie à des silhouettes de papier noir. » Ces œuvres symétriques, qui illustrent des scènes de la vie paysanne et peuvent se vendre plusieurs dizaines de milliers de francs suisses, capturent l’âme même de l’Oberland, une région résolument rurale, attachée à ses modes de vie.

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Après cette première leçon, le voyage dans le temps se poursuit. Le couple embarque sur une calèche qui les mène vers le lac de Lauenen. « Nous étions seuls dans la nature, avançant au rythme du cheval, et nous avons fini notre course face à cette étendue d’eau… Comme dans un rêve éveillé », glisse Kelly. Niché au creux d’un cirque de montagnes, le lac est un sanctuaire de silence et de nature. Les eaux sombres reflètent les sapins et les pics enneigés, tandis que les marais environnants de la réserve de Rohr bruissent de vie sauvage.
L’harmonie des dix villages-chalets
La région de Gstaad ne se résume pas à son village le plus célèbre. Elle rayonne à travers dix villages-chalets (dont Saanen, Gsteig ou Schönried) qui forment un ensemble architectural unique et préservé. Ici, un règlement strict maintient l’authenticité architecturale : chaque construction doit respecter le style traditionnel du bois sculpté. À Saanen, le coup de cœur est immédiat. « On ressent une harmonie incroyable, explique Ruben. Les façades brunes racontent des siècles d’histoire. » C’est ce mélange de préservation et de vie locale qui définit le véritable luxe pour les Bernois. Après une randonnée spectaculaire dans les parois calcaires des Gastlosen, au départ d’Abländschen, le retour au village offre une douceur de vivre incomparable.
L’Or des Alpes
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Le lendemain, il est temps pour Kelly et Ruben de découvrir une autre tradition qui définit l’identité de la région. Pour cela, il faut grimper de bon matin à l’Alp-Gfell. L’occasion d’assister à la fabrication du fromage d’alpage AOP. Il ne se fait qu’en été, quand les laitières sont tout là-haut, au grand air, à mâchonner la meilleure herbe. Dans le chalet, l’ambiance est feutrée, rythmée par des gestes ancestraux répétés chaque matin : après la traite, le lait est chauffé dans un grand chaudron de cuivre au-dessus d’un feu de bois. « La traite se terminait quand nous sommes arrivés, raconte Kelly. Nous avons pu goûter au lait encore tiède, un délice qui porte le goût des herbes de montagne. »
Puis, l’aventure se poursuit à 25 mètres sous terre, dans la Grotte à fromage. Accueillis par le maître des lieux, René Ryser, nos voyageurs découvrent un ancien réservoir d’eau transformé en une cave immense où mûrissent plus de 3 000 meules. Alignées comme les volumes d’une bibliothèque, les fromages représentent le véritable or des Alpes. Après une dégustation comparée des différents stades d’affinage (jeune, demi-jeune, vieux, extra-vieux), il est temps de reprendre le train. Direction Lenk et Adelboden. Au cœur du Simmental, l’une des vallées les plus belles et des plus bucoliques des Alpes, ces deux villages, reliés l’été par des sentiers de randonnée et l’hiver par un vaste domaine skiable, invitent à la déconnexion.
Le coin est un véritable paradis pour les amateurs d’activités en plein air, avec plus de 300 kilomètres de sentiers de randonnée pour tous les niveaux. Ici, encore plus qu’ailleurs, il faut prendre son temps, rester longtemps, aimer se lancer sur les parcours balisés en montagne. Coups de cœur par exemple pour le « chemin des fleurs » de VogellisiBerg. Dans cette zone, dès le printemps, la biodiversité saute aux yeux des promeneurs. Des tapis floraux aux couleurs vives recouvrent les pâtures. L’itinéraire, prévu pour une bonne heure de marche, mène d’une variété botanique à une autre, avec de discrets panneaux indicatifs qui permettent d’en apprendre plus sur les végétaux observés.
La puissance de l’Engstligenalp
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À Adelboden, charmant village de chalets en bois, on reste d’autant plus volontiers que, dès la première nuitée, les transports en commun sont gratuits, permettant même une escapade jusqu’au mythique lac Blausee à Kandersteg, dans la vallée voisine, étendue réputée pour ses eaux turquoise irréelles.
Nos deux voyageurs font aussi la découverte d’Adelboden sous son angle le plus spectaculaire. Pour cela, direction l’Engstligenalp. Là, une télécabine panoramique propulse Kelly et Ruben vers ce qui s’avère être le plus grand plateau des Alpes suisses. En sortant de la cabine, le paysage est saisissant : une vaste plaine d’altitude à 2 000 mètres, encerclée par des sommets vertigineux.

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Le clou du spectacle reste les chutes d’Engstligen, les deuxièmes plus hautes de Suisse. Ici, l’eau se précipite dans le vide en deux cascades sur plus de 600 mètres de hauteur avec un fracas titanesque. « Lors de cette excursion, raconte encore Kelly, nous sommes montés en empruntant des petits chemins jusqu’au Berghotel Engstligenalp, un hôtel de montagne perché à 2000 m d’altitude, sur le plateau de l’Engstligenalp. La marche était rythmée par les sons des cloches des vaches et le ruissellement de l’eau. C’était magique ! ». Au sommet, accessible également en télécabine, l’établissement offre une parenthèse unique en son genre. On peut y dormir dans un silence que seules les hauteurs alpines préservent. On y mange aussi, attablé sur la terrasse ensoleillée ou derrière les larges vitres panoramiques, avec au menu des classiques de la région, comme la saucisse à rôtir ou encore les « cornettes aux ghackets » – des pâtes à la viande, traditionnellement escortées d’une compote de pommes !
Capitale verte
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Le périple s’achève à Berne, la capitale fédérale, inscrite à l’Unesco depuis plus de 40 ans. Et pour cause ! « La ville mérite vraiment le voyage, elle est passionnante », s’enthousiasme Kelly. Prévoir d’y rester quelques jours pour en mesurer tout le charme, et avoir du temps pour faire du shopping sous les 6 km d’arcades que comptent les rues de Berne. Notre duo a, pour sa part, pris le temps d’une visite guidée pour explorer la vieille ville médiévale, ses fontaines aux statues colorées déversant une eau potable excellente. « Le clou de la visite reste la Tour de l’Horloge, quand le guide vous entraîne derrière l’horloge à la bonne heure pour voir le mécanisme complexe se mettre en route », note Ruben. La visite permet aussi d’admirer le Palais Fédéral et sa place animée, ainsi que la Collégiale, qui possède le plus haut clocher de Suisse.
Berne est en outre réputée pour ses marchés fermiers. Certains sont actifs depuis plus de 100 ans. Pour beaucoup de Bernois, la visite hebdomadaire du « Märit » (marché de quartier) est un vrai rituel. Si vous êtes sur place, ne pas rater, toute l’année, chaque mardi et samedi, les marchés de la Bundesplatz (Place fédérale), de la Bärenplatz (Place des Ours), ou de la Waisenhausplatz (Place de l’Orphelinat) ainsi que dans les rues Gurtengasse, Schauplatzgasse et Münstergasse. Où que l’on aille, ces rendez-vous hebdomadaires sont le moment parfait pour comprendre pourquoi Berne est souvent qualifiée de « capitale de la douceur de vivre».

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Des itinéraires au plus près de la nature.
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Berne est aussi un lieu de promenade en pleine nature. C’est l’une des capitales les plus vertes d’Europe. On s’en rend vite compte en grimpant au Gurten, la montagne locale, grâce au funiculaire gratuit (avec le Bern Ticket remis à tous les visiteurs dès leur première nuit passée en ville). La vue sur la ville et les sommets au loin y est imprenable.
Le cœur de ville lui-même invite à la flânerie. Sur les bords de l’Aar, la rivière qui la borde, l’ambiance est estivale dès les premiers rayons, et une promenade de presque 7 km longe le cours d’eau. Par endroit, l’itinéraire donne l’impression d’être dans une oasis de verdures, loin, très loin, de toute agitation urbaine. Ne pas manquer non plus le merveilleux Jardin des Roses, un lieu que les Bernois aiment par-dessus tout. On y accède par un chemin escarpé qui vous hisse jusqu’à l’un des plus beaux panoramas possibles sur la vieille ville et les flèches des églises. Le jardin, lui, est bien plus qu’une roseraie. C’est un lieu de rendez-vous, où l’on vient boire un verre ou prendre un brunch. Le tout dans une symphonie de couleurs présente dès le printemps. Dans le jardin, plus de 400 variétés de végétaux évoluent au fil de la saison : des cerisiers en fleurs, des iris, des rhododendrons, un bassin aux nénuphars et bien sûr, des centaines de rosiers.
Pour aller encore plus loin dans l’immersion au cœur de « Berne la verte », Kelly et Ruben ont fini leur découverte en enfourchant des vélos électriques… Mais pas n’importe lesquels : ceux de la marque locale Thömus, en location près de la gare. De quoi filer sur le « Ruban Vert » qui entoure la capitale. Pas vraiment un décor de banlieue comme ailleurs dans une mégapole européenne ! Plutôt, un paysage de campagne : la balade traverse forêts et prairies jusqu’au lac de Wohlen.
EN PRATIQUE
Préparer son voyage en Suisse
Se renseigner
https://www.myswitzerland.com/fr, gstaad.ch, adelboden-lenk-kandersteg.ch et bern.com
Y aller
TGV Lyria assure des liaisons quotidiennes entre la France et la Suisse depuis Paris Gare de Lyon à destination de Genève, Lausanne, Bâle ou Zurich (env. 4h de trajet). tgv-lyria.com
Se déplacer
En train, grâce au Swiss Travel Pass. Un billet tout compris destiné aux visiteurs venus de l’étranger et qui leur ouvre les portes du réseau de transports publics suisses.