Le débit internet affiché par les opérateurs sur les contrats ne correspond pas toujours à la réalité. Une enquête de la RTS montre que dans certains cas, les débits effectifs sont bien plus bas que la vitesse promise par l’abonnement.
Quand vous êtes à la maison, votre connexion Internet vous semble-t-elle parfois à la traîne, bien loin des performances promises par votre opérateur? Afin de lever ce doute très répandu, l’émission A Bon Entendeur de la RTS a mené l’enquête, avec le concours de la Haute école d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD). Résultat: dans certains cas, le décalage entre les débits annoncé et effectif se révèle important.
L’année dernière, le magazine K-Tipp avait alerté l’opinion publique. Pour les abonnements avec une vitesse annoncée de 1000 Mbit/s, par exemple, le débit moyen mesuré n’était que de 360 Mbit/s. Ces résultats, basés sur des tests effectués par 6000 particuliers, avaient été contestés par les opérateurs, qui mettaient en cause la performance des ordinateurs des testeurs ou le mauvais réglage de leurs bornes Wi-Fi.
>> Voir l’enquête d’A Bon Entendeur :
Débit internet : les opérateurs tiennent-ils leurs promesses ? / A bon entendeur / 7 min. / hier à 20:10 Protocole soigneux pour éviter les biais
Le protocole établi pour le test de la RTS permet d’éliminer ces biais potentiels. Saman Handschin, technicien informatique à la HEIG-VD, explique la méthodologie: « Chez les personnes qui ont réalisé le test chez elles, on a mis à disposition un ordinateur et un câble de bonne qualité. Elles sont connectées directement sur le routeur, c’est donc le premier élément qui se trouve à l’entrée du domicile pour Internet. Et en faisant vraiment beaucoup de mesures, toutes les 30 minutes pendant plusieurs jours, on est sûr d’avoir le moins de fluctuations possibles dans les résultats. »
Deux critères principaux ont été pris en compte. « Le paramètre le plus important pour la plupart des utilisateurs, c’est le débit entrant (download): on reçoit les données », détaille le professeur Jürgen Ehrensberger, spécialiste de l’Internet des objets à la HEIG-VD. Ce débit est important, notamment quand on regarde un film en streaming vidéo. « Le deuxième paramètre, c’est le débit sortant (upload), qui est utile notamment quand on fait des vidéoconférences et que l’on envoie aux autres participants notre propre flux vidéo. »
Ecarts notables
Les mesures, effectuées chez 20 particuliers et avec différents opérateurs et abonnements, ont révélé des écarts notables. Pour le débit « download », des manquements ont été identifiés chez quatre personnes.
C’est le notamment cas à Leysin (VD), chez Fred Blaise, qui paie 61 francs d’abonnement mensuel chez Sunrise, pour une vitesse promise de 200 Mbit/s. Or, les relevés révèlent une vitesse moyenne d’à peine 127 Mbit/s. Pour l’abonné, qui dirige une start-up dans la fintech à distance, cette situation est problématique: « C’est important pour moi d’avoir une connexion Internet rapide et stable pour pouvoir travailler de manière sereine à la maison et pouvoir être efficace dans mon travail. »
Interrogé, Sunrise explique que « la ligne de cuivre présentait malheureusement de très mauvaises performances. Dans un tel cas, il n’est malheureusement pas possible d’obtenir des améliorations sans changer de technologie de connexion. » Une information qui aurait été utile au client lors de la souscription. Fred Blaise a depuis opté pour la fibre optique, constatant un bond significatif de sa vitesse de connexion.
Limitations et « best effort »
A Vevey, un autre abonné Sunrise avec un contrat promettant 2500 Mbit/s n’atteignait en réalité que 1047 Mbit/s. Le professeur Ehrensberger y voit une limitation de l’opérateur: « Le débit download est limité à 1000 Mbit/s. Il y a peu de fluctuations, ce qui indique que c’est l’opérateur qui limite ce débit. » Une assertion réfutée par Sunrise, qui admet que le « modem n’a pas été correctement activé » par ses soins et s’engage à une compensation financière.
Même scénario à Mollens (VD) avec Net+. Un client ayant souscrit à l’abonnement Internet Unlimited s’attendait à 2000 Mbit/s, mais les mesures ont montré un débit stable à 500 Mbit/s. Net+ a confirmé cette limitation, renvoyant au contrat du client.
Cette limite était bien écrite en petits caractères sur le contrat. En revanche, quand on contrôle les vitesses disponibles à cette adresse sur le site de l’opérateur, il figure seulement la mention peu claire de « best effort », qui justifie dans certains cas des débits plus bas. Net+ explique ainsi que « sous un même code postal, les technologies de raccordement peuvent varier d’un immeuble à l’autre ». L’opérateur reconnaît que « cette articulation entre information centralisée et connaissance locale peut générer des attentes qui méritent d’être mieux calibrées ».
Enfin, à Grandson, une ancienne bâtisse avec une ligne téléphonique aérienne ne dépassait pas les 58 Mbit/s pour un abonnement Swisscom de 100 Mbit/s. Confronté à ce cas, Swisscom a identifié un problème sur la prise du client et proposé l’envoi d’un technicien.
Alexandre Willemin