Opinion

«Pas de Suisse à 10 millions!»: l’initiative de l’impasse

Si le texte de l’UDC est accepté le 14 juin, ses conséquences seront désastreuses pour notre pays, estime Jean Tschopp.

L’invité

Jean Tschopp- Conseiller national (PS/VD)

Publié aujourd’hui à 06h50

Que demande l’initiative populaire UDC «Pas de Suisse à 10 millions!»? Comme son titre ne le dit pas, les dispositions transitoires de l’initiative nous apprennent que ses effets se déploieront déjà au passage à 9,5 millions d’habitants. Actuellement, nous sommes 9,1 millions. Le seuil de 9,5 millions pourrait être franchi à partir de 2031. Dans cette première étape, le parlement fédéral devra durcir le droit au regroupement familial et le droit d’asile. Le regroupement familial consacre le droit pour un enfant de ne pas vivre séparé de ses parents et le droit pour une Suissesse de vivre avec son conjoint étranger. Ce droit à la vie privée et familiale garanti par notre Constitution sera compromis, remettant en cause la ratification par la Suisse de la Convention européenne des droits de l’homme, socle de nos libertés individuelles et collectives.

Au passage à 10 millions d’habitants, toute personne étrangère surnuméraire sera expulsée de Suisse. L’UDC cible tous les étrangers: ressortissant européen, extra-européen, réfugié ou requérant d’asile. Seuls les frontaliers échapperont à toute limite. L’initiative prétend mettre la Suisse sous cloche. Elle va surtout précipiter des frontaliers sur nos routes en multipliant bouchons et trains bondés. Ce franchissement de 10 millions aura pour conséquence la résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes tout comme les protections contre la sous-enchère salariale et la concurrence déloyale adossées à ce texte (mesures d’accompagnement). Avec la clause guillotine, c’est tous les accords bilatéraux conclus avec l’Union européenne, premier partenaire commercial du pays, qui s’effondreront.

Effets désastreux

Les effets de ce renoncement seront désastreux pour l’emploi: délocalisations, détournement d’un pays esseulé dont le cadre légal sera devenu trop contraignant. Plusieurs secteurs rencontrent une pénurie de personnel dans les soins, l’hôtellerie-restauration ou encore l’industrie. En 2035 déjà, il manquera 460’000 actifs. Le taux d’enfant par femme en Suisse (toute population confondue) est actuellement de 1.2. Il n’a jamais été aussi bas. Or les étrangers dans notre pays ont majoritairement entre 20 et 39 ans. Ils compensent le vieillissement de la population, financent notre AVS et contribuent à éviter une hausse de l’âge de la retraite.

Le texte s’intitule «initiative pour la durabilité». Jamais une initiative n’a aussi mal porté son nom. Ce que l’initiative favorisera, c’est un scénario du recul et d’isolement dans un contexte géopolitique très instable qui devrait nous inciter à nous rapprocher de nos voisins.

Dans les hôpitaux, un employé sur trois est étranger, et même un sur deux dans les EMS. Parmi les couples mariés, plus du tiers dans le canton de Vaud le sont avec un étranger. C’est à nos proches et en définitive à nous toutes et tous que cette initiative s’en prend. J’ai de meilleurs espoirs pour notre pays qu’un avenir où la Suisse se saborde. Le 14 juin, je vote non à l’initiative de l’impasse.

Homme en costume sombre et pull col roulé vert, les mains sur les hanches, devant un mur aux reflets dorés.

Conseiller national (PS/VD).

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