Des sages-femmes dénoncent un système «à bout de souffle»

Des employées témoignent d’un sous-effectif chronique, mettant en péril la qualité des soins. Entre surcharge et sentiment d’injustice, certaines envisagent de partir.

Claude Beda Publié aujourd’hui à 11h26 Deux chirurgiens en tenue stérile effectuant une opération de césarienne en salle d’opération lors d’un accouchement.

Plusieurs sages-femmes envisagent de démissionner, épuisées par des conditions de travail difficiles (image d’illustration).

IMAGO/Dreamstime

«Accompagner un accouchement ne devrait jamais devenir une course contre le temps.» Ces mots d’une sage-femme au CHUV résument le malaise qui règne dans les salles d’accouchement du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Trois employées ont décidé de témoigner auprès de «Blick» à l’occasion de la Journée mondiale des sages-femmes mardi. Elles décrivent un système «à bout de souffle» où le sous-effectif mettrait en péril la qualité des soins.

En 2025, 3246 bébés sont nés au CHUV. Mais les effectifs ne suivraient pas. Un effectif complet nécessiterait six sages-femmes par garde. «Aujourd’hui, on tourne plutôt à cinq, parfois quatre», affirme l’une d’elles. Le CHUV reconnaît fonctionner «à flux tendu» tout en contestant l’existence d’un sous-effectif structurel.

Cette situation aurait des effets concrets. Le monitoring fœtal, censé être contrôlé toutes les dix minutes, ne pourrait pas toujours être surveillé en continu. Les sages-femmes jonglent entre plusieurs patientes. Au fil d’une même garde, jusqu’à quatre professionnelles différentes peuvent examiner une même femme, ce qui complique la transmission d’informations.

Différences entre les salles d’accouchement et les autres services

«J’ai le sentiment de ne pas toujours pouvoir fournir des soins de qualité», confie une sage-femme à nos confrères. Les trois sages-femmes disent que si elles devaient accoucher aujourd’hui, elles ne choisiraient pas le CHUV.

À ces difficultés s’ajoute un sentiment d’injustice salariale. Les sages-femmes en salle d’accouchement sont classées en catégorie 9 de la grille cantonale, contre la classe 10 pour leurs collègues d’autres unités comme le prénatal. L’écart peut atteindre près de 10’000 francs annuels en fin de carrière. Une demande de revalorisation déposée en 2018 a reçu un préavis favorable en janvier 2021, mais la décision du Conseil d’État se fait toujours attendre.

Le CHUV conteste un sous-effectif

Le SSP Vaud dénonce un «délai extraordinairement long». La fédération syndicale SUD évoque dans son bulletin de mars des mesures de pression, voire une action en justice. Le Département de la santé assure que les analyses techniques ont été menées et que les syndicats ont été «régulièrement» informés lors de rencontres avec la direction. Plusieurs sages-femmes envisageraient de démissionner.

Questionné par nos confrères, le CHUV conteste un sous-effectif. Il met en avant «l’engagement très fort» et les compétences de son personnel, en indiquant qu’un renforcement des équipes serait à l’étude.

Sur les sages-femmes du CHUV

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