Est-ce pour contrer son inspiration faiblissante dans la fiction que l’Argentine Lucrecia Martel (La ciénaga, La niña Santa, La mujer sin Cabeza, Zama) s’est tournée vers le documentaire? Toujours est-il que cette cinéaste douée mais sans doute trop cérébrale y a trouvé une manière de ressourcement bienvenu, avec un film venu du cœur. A l’occasion du procès (tardif, après des années de manifestations) des meurtriers d’un homme d’origine autochtone tué dans une querelle au sujet de la propriété d’une terre, elle a filmé les débats et surtout enquêté sur l’origine du problème. Né d’une indignation qui reste palpable mais aussi mis en perspective avec une rare intelligence, Nuestra Tierra a de quoi devenir un nouveau modèle du genre.

Le film commence certes de manière un peu prétentieuse, avec des images de la Terre vue d’un satellite. Mais ensuite, dès qu’on se retrouve au tribunal, avec trois accusés blancs à la défense bien garnie face à une communauté indigène bien moins à l’aise, la qualité du regard devient évidente. Le crime ayant été partiellement filmé par l’un des accusés, ces images projetées durant l’audience débouchent ensuite sur une reconstitution policière sur les lieux mêmes. La cinéaste en profite alors pour faire parler la veuve puis d’autres membres de cette communauté Chuschagasta de la province du Tucumán, au nord du pays. Elle fait aussi un usage inédit des plans de drone, qui finissent par constituer une bonne part du film.