L’application Strava, qui transforme chaque sortie en performance mesurable, compte aujourd’hui 180 millions d’utilisateurs et utilisatrices. Mais comment influence-t-elle notre manière de faire du sport?
Créée en 2009 par deux anciens athlètes de Harvard, Strava s’est imposée comme l’application incontournable pour suivre ses entraînements et les partager avec sa communauté.
Sur cette plateforme, la performance devient monnaie d’échange sociale. « Cela convertit une performance physique en valorisation symbolique », analyse Fabien Ohl, professeur et sociologue du sport à l’Université de Lausanne, dans Le Point J. Chaque course devient une donnée mesurable, comparable, partageable. Mais cette visibilité permanente a son revers.
On se sent parfois jugé. Si je vais courir toute seule et que je suis très lente, ça m’est déjà arrivé de rendre l’activité invisible
Emma, utilisatrice régulière de l’application
Strava mise en effet sur la gamification: défis à relever, badges à collectionner, trophées à exhiber. Les parcours urbains se transforment en terrains de compétition, découpés en segments où un chrono de référence désigne un champion ou une championne à battre.
« Cela peut pousser les personnes à aller plus vite, plus loin, à ne pas s’arrêter au feu quand on fait du vélo, à se doper », constate Fabien Ohl. L’application soulève aussi des enjeux de sécurité: des cas de géolocalisation sensible ou de harcèlement ont été documentés.
Performance, communauté, comparaison sociale: le Point J décrypte une addiction très contemporaine. Comment utiliser Strava sans se perdre dans la comparaison permanente?
>> Ecouter l’épisode du Point J : Strava : pourquoi cette app sportive nous rend accros ? / Le Point J / 14 min. / aujourd’hui à 17:00
Elio Sottas et l’équipe du Point J