Le Big Bang, le boson de Higgs… et un grand bain de musique. C’est la collision magnifique qui aura lieu jeudi soir au CERN, où Antigel s’invite pour une Odyssée cosmique: un évènement immersif mêlant conférence scientifique et performance artistique. Une première collaboration entre le festival genevois et le CERN, ce vaisseau de la recherche dont les entrailles, théâtre d’expériences aussi obscures que fondamentales, fascinent les néophytes – la soirée, gratuite, affiche d’ailleurs complet.
Créer un pont entre deux univers, celui de la création, de l’émotion et celui de l’infinie précision: c’est le pari qui anime Eric Linder, co-directeur d’Antigel. Tout comme celui de pénétrer dans ce qui reste, avec l’ONU (où Antigel a proposé un concert de Sofiane Pamart fin janvier), «le pentagone» bien gardé de la région genevoise. Autant dire une victoire pour un festival dont la marque de fabrique est d’investir des lieux insolites, voire inaccessible – et qui a dû parlementer longtemps pour que le CERN, temple du cadre et de la sécurité, lui ouvre ses portes.
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Odyssée cosmique ne s’invite d’ailleurs pas dans le laboratoire à proprement parler mais au Portail de la Sciences, centre dédié à l’accueil du public. Une première étape, souligne Eric Linder, qui espère investir l’an prochain l’intérieur du site. Afin de continuer à explorer le lien entre l’institution et son territoire, Meyrin. «Il faut se rappeler que c’était une zone de campagne avant l’arrivée du CERN, post-Seconde Guerre mondiale. Tout à coup, les nations européennes se regroupent pour faire de la recherche nucléaire pacifique dans cette sorte de zone franche, à cheval entre Genève et l’Ain. D’une certaine manière, le CERN incarne le Grand Genève.»
Une piqûre de physique
Le guide de la soirée a une longue barbe blanche et un esprit malicieux. Physicien français officiant dans l’un des centres de recherche du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), Laurent Chevalier est un expert en matière noire… et en vulgarisation. Un exercice qu’il estime particulièrement nécessaire en ce moment, alors qu’aux Etats-Unis comme ailleurs, on remet en cause les fondamentaux de la science. Il faut consolider nos points de repère, souligne-t-il, et rappeler que la physique nous concerne toutes et tous. «On utilise des termes bizarres comme boson, fermion, mais à l’arrivée, ça donne des IRMs et tout un tas d’outils que les gens utilisent au quotidien.»
Laurent Chevalier aime les films de science-fiction, Star Wars, 2001: L’Odyssée de l’Espace, leur manière pop et fédératrice de donner à voir l’insaisissable. La soirée Antigel sert le même dessein, estime-t-il: «On attire les gens dans un piège et sans qu’ils s’en aperçoivent, on leur injecte un peu de physique. C’est de la malhonnêteté intellectuelle!» L’objectif: ne pas trop se prendre au sérieux.
La piqûre sera néanmoins structurée: une présentation en trois volets, avec un condensé des 13,8 milliards d’années de l’univers, de l’histoire du CERN – et son célèbre accélérateur de particules, 27km de tunnels pour environ -270 degrés Celsius – ainsi que de l’état de la recherche contemporaine. L’expert présentera le tout au fil de diapositives retravaillées par l’équipe d’Antigel.
Des images mentales
Car ces chiffres vertigineux, Odyssée cosmique les habille d’atours célestes. Plutôt que de transformer la science en spectacle, au risque de trop la simplifier, des intermèdes visuels et musicaux, librement inspirés par la matière, offrent à la conférence des espaces de résonance, de respiration. «La création artistique accompagne le discours sans l’illustrer, soutient l’écoute sans la diriger, et laisse au public la liberté de construire ses propres images mentales», détaille Yannick Jacquet, co-responsable de la vidéo sur ce projet.
Côté son, un collectif composé entre autres d’Eric Linder et d’Arthur Trontin, le batteur des Young Gods, jouera en live des compositions mêlant textures rock, électro et ambient. «Comme la présentation reste assez écrite, on voulait quelque chose de vivant, d’organique», précise Eric Linder.
Science et art comme deux univers en dialogue, pour un voyage poétique entre infiniment grand et infiniment petit… une expérience explosive. «Par moments, on va jouer fort, s’amuse Eric Linder. Au CERN, je vous le garantis, ils vont être bousculés!»