La relation fut courte, mais semble avoir coûté cher. Entre juillet et septembre 2018, selon les dires de Véronique, son compagnon Besmir lui soutire 30’000 francs: virements Western Union, retraits en espèces aux distributeurs, avances sur son salaire de sommelière. Un jour, affirmant avoir cassé son téléphone, il exige qu’elle lui achète un iPhone à 1100 francs. Elle le lui remet sur un parking de Sion, mais ce n’est pas le modèle sophistiqué qu’il espérait. Il lui décroche une gifle – devant les enquêteurs, il avouera sa déception devant le modèle de téléphone, mais niera avoir giflé sa compagne.
Une gifle pour un iPhone
Une autre fois, il débarque dans le bar où elle travaille, l’entraîne dans les toilettes et lui réclame 1500 francs. «Il m’a empoignée à la gorge et m’a poussée contre le mur en menaçant de s’en prendre à ma fille», dira-t-elle aux enquêteurs. Le distributeur de la Banque cantonale ne crache que 800 francs ce soir-là. Besmir attend que ça rentre.
Le surlendemain, il se fait conduire par elle jusqu’à Crans-Montana, dans le chalet d’un homme âgé qui l’attend torse nu. Besmir, qui a amené au moins une autre de ses «compagnes» à cette adresse (voir notre 1er épisode) arrache le débardeur de Véronique. Le vieil homme l’entraîne dans une chambre et tente de lui enlever son soutien-gorge. Elle résiste, invoque son service au bar à 16 heures. Puis l’homme constate qu’il manque 400 francs dans son portefeuille. Besmir gifle Véronique et l’accuse du vol. Le propriétaire conteste: il ne l’a pas quittée des yeux. «[De retour à Sion], Besmir a saisi mon sac à main et il en a sorti ma bourse de sommelière qui contenait 500 francs. Il a pris 400 à l’intérieur, en me disant que j’étais une voleuse, que c’était ce que je lui devais et qu’en plus, je n’avais pas fait le travail», dira-t-elle.
L’opération Golf
Un matin de mars 2020, plusieurs voitures de police s’arrêtent simultanément devant différentes adresses du canton du Valais. L’opération Golf est lancée. Depuis des mois, la police valaisanne a infiltré les réseaux de trafic et de consommation de cocaïne dans la région de Sion. Ce matin-là, les filets se referment sur Véronique, sur Besmir – arrêté un mois plus tôt – et sur plusieurs autres personnes de leur entourage.
Les arrestations de «Golf» semblent s’inscrire dans une vague plus large qui défrayera la chronique au cours des mois suivants. La presse valaisanne rapporte qu’une quinzaine de personnes au total ont été interpellées dans le canton dans le cadre d’enquêtes sur le trafic de cocaïne ayant, selon le procureur en charge, «des ramifications communes».
Les personnages qui émergent au fil des révélations composent une mauvaise caricature du Valais: un policier soupçonné d’avoir renseigné les trafiquants et, selon Le Nouvelliste, un carrossier sponsor du FC Sion, par ailleurs ancien candidat PDC au Conseil général de Vétroz. Et, en toile de fond, ce que les journalistes décrivent comme un ancrage particulier du trafic dans le milieu kosovar du Valais central, avec des perquisitions menées notamment dans des garages de Sion et de Conthey. Le procureur Olivier Elsig tient alors à relativiser: ce n’est «pas l’affaire du siècle en matière de stupéfiants. Loin de là». Une enquête cantonale, rien de plus.
Seulement, parmi les personnes visées ce printemps-là se trouvent deux hommes dont l’histoire va prendre, dans les semaines qui suivent, une tout autre dimension. Et cela à la suite d’un interrogatoire particulier.
La bombe du 27 mars
Lors de sa première audition, le 23 mars 2020, Véronique ne dit rien d’inhabituel. Les policiers l’interrogent sur le trafic, sur ses fournisseurs, ses clients. Ils l’interrogent aussi sur Besmir, accusé par une autre femme, Victoria, d’extorsion et de contrainte – une affaire en cours depuis 2017 (voir épisode 1). Véronique reste dans les clous. Elle ne dit rien de plus.
Quatre jours plus tard, le 27 mars, tout change.
Lors de ce second interrogatoire, entre deux questions sur le trafic de drogue, les policiers lui montrent une photo de Besmir et la lettre de menaces trouvée chez elle lors de la perquisition (voir épisode précédent). Quelque chose se rompt. Véronique craque. En une seule audition de six heures, elle révèle d’une traite les violences qu’elle dit avoir subies: les 30’000 francs extorqués, les gifles, l’étranglement dans les toilettes du bar, la visite forcée chez le vieil homme de Crans-Montana – et le viol collectif dont elle dit avoir été victime en 2018, chez elle, à Savièse, par Besmir et deux inconnus.