Après plus de trois ans au pouvoir, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a offert au pays une stabilité politique rare et conserve une popularité solide. Mais depuis quelques semaines, une autre figure capte l’attention: Silvia Salis, dont le nom circule comme une possible voix de l’opposition en vue des élections législatives de l’an prochain.
Encore peu connue en Suisse, Silvia Salis est en revanche une figure montante dans la péninsule. Ancienne athlète olympique et actuelle maire de Gênes, elle se définit comme progressiste et va à l’encontre d’à peu près toutes les lignes tracées par l’actuelle cheffe du gouvernement.
Début avril, son image a inondé les réseaux sociaux: on la voit aux côtés de la star belge de la techno Charlotte de Witte, aux platines, face à une Piazza Matteotti noire de monde. Près de 20’000 personnes sont venues danser et s’ambiancer au cœur de la sixième ville d’Italie.
« C’est une journée pour la jeunesse […] venue pour faire vivre cette ville, qui affiche l’une des moyennes d’âge les plus élevées d’Europe », expliquait‑elle.
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Détournement de slogan
L’organisation de ce concert gratuit pourrait paraître anodine, si l’une des premières mesures prises par Giorgia Meloni juste après son élection n’avait pas été un décret anti‑rave party. L’opposition craignait alors que des événements culturels spontanés soient criminalisés et que la liberté de réunion soit entravée. A Gênes, Silvia Salis prend donc le contre‑pied, en défendant l’idée que l’Etat aussi doit initier de grands rassemblements culturels, ouverts à toutes et tous.
Je suis mère, catholique, mariée et hétérosexuelle. Mais je ne crois pas que mon modèle soit le seul ou meilleur qu’un autre
Silvia Salis, maire de Gênes
Cet épisode n’est pas le seul à pousser certains médias à la présenter comme une « anti‑Meloni ». La comparaison s’enracine aussi dans la manière dont Silvia Salis reprend, à sa façon, les marqueurs identitaires popularisés par la cheffe du gouvernement. En 2019, à Rome, Giorgia Meloni, alors cheffe de file de l’extrême droite, se présentait ainsi: « Je suis une femme, je suis une mère, je suis Italienne, je suis chrétienne. »
Aujourd’hui, Silvia Salis, 40 ans, détourne ce slogan. Dans une interview à Vanity Fair, elle déclare: « Je suis mère, catholique, mariée et hétérosexuelle. Mais je ne crois pas que mon modèle soit le seul ou meilleur qu’un autre. »
Dans les faits, la maire de Gênes a d’ailleurs fait inscrire à l’état civil des enfants de couples homoparentaux, malgré les limites imposées par le gouvernement actuel.
Silvia Salis participe au défilé en poussant la poussette de son fils Eugenio, à l’occasion du 81e anniversaire de la Journée de la Libération, qui commémore la fin de l’occupation nazie et fasciste en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, à Gênes, le 25 avril 2026. [AFP – MARCO BERTORELLO] A la recherche d’une figure consensuelle
Progressiste assumée, Silvia Salis défend l’idée que développement économique et justice sociale peuvent coexister. Elue maire de Gênes au sein d’une coalition de centre gauche, elle reste indépendante. Avec à peine un an d’expérience politique à l’échelle locale, son profil demeure encore flou pour certains observateurs.
On a l’impression que c’est un produit médiatique
Ludmila Acone, historienne
L’historienne Ludmila Acone rappelle que l’Italie est trop habituée à des candidats qui émergent soudainement dans les médias sans avoir fait leurs preuves en politique. « On a l’impression que c’est un produit médiatique », souligne-t-elle mercredi dans l’émission Tout un monde.
De son côté, Lorenzo Zamponi, professeur de sociologie à l’Ecole normale supérieure à Florence, souligne que son profil plaît précisément parce qu’il n’est pas clivant.
« Il existe, dans les médias et les milieux économiques, une frange de l’establishment pour laquelle même des personnalités modérées comme Elly Schlein, secrétaire du Parti démocrate, ou Giuseppe Conte, chef du Mouvement 5 étoiles, sont jugées trop radicales, trop menaçantes. On essaie donc de construire une image de leader que l’on imagine plus modérée. »
Ce que révèle l’attention autour de Salis
A l’approche des élections législatives de 2027, Elly Schlein et Giuseppe Conte incarnent les deux principales figures de l’opposition à Giorgia Meloni. Interrogée à plusieurs reprises sur une éventuelle entrée dans ce duel à gauche, Silvia Salis se dit concentrée sur son rôle de maire.
L’ascension de Silvia Salis montre que le centre gauche ne dispose ni d’un leader national, ni d’un mécanisme clair pour en désigner un
Lorenzo Zamponi, professeur de sociologie à l’Ecole normale supérieure à Florence
Cette attention portée à son profil en dit long sur l’état de santé du gouvernement de Giorgia Meloni qui a subi plusieurs revers démocratique, économique et diplomatique ces derniers mois, et rouvre le débat sur une alternative. « L’ascension de Silvia Salis montre que le centre gauche est aujourd’hui une coalition compétitive et qui gouverne de nombreuses villes, mais qu’il ne dispose ni d’un leader national, ni d’un mécanisme clair pour en désigner un », affirme Lorenzo Zamponi.
Dans ce contexte, la maire de Gênes a admis, auprès de Bloomberg, que face à un appel unanime à l’unité du centre gauche, la perspective de sa candidature pourrait être envisagée.
Sujet radio: Julie Rausis
Adaptation web: Miroslav Mares