Une étude publiée fin avril 2026 dans la revue scientifique Cancer Letters lance un signal d’alerte qui mérite d’être pris au sérieux. Selon les travaux conduits par l’équipe du Dr Jordan Winter, professeur à la Case Western Reserve University School of Medicine, plusieurs compléments alimentaires anti-âge à base de vitamine B3, particulièrement populaires depuis quelques années, pourraient nuire gravement à l’efficacité de la chimiothérapie chez les patients atteints d’un cancer du pancréas.
Une vitamine présentée comme miraculeuse
Le marché des compléments à base de vitamine B3 et de ses dérivés explose depuis le milieu des années 2020, porté par les promesses anti-âge d’une industrie florissante. Trois molécules dominent ce segment : la nicotinamide mononucléotide (NMN), la nicotinamide riboside (NR) et la nicotinamide (NAM). Toutes ont en commun de stimuler la production de NAD (nicotinamide adénine dinucléotide), une molécule présente dans toutes les cellules de l’organisme et qui joue un rôle central dans la production d’énergie, la réparation de l’ADN et la gestion du stress cellulaire.
Les producteurs de ces compléments mettent en avant leurs effets supposés sur la longévité, le tonus, la concentration et la santé globale. Des millions d’Américains et un nombre croissant d’Européens, y compris en France, en consomment quotidiennement, parfois sur la recommandation de naturopathes ou de médecins de la mouvance « anti-âge ». Les prix de vente, souvent élevés, ne semblent pas freiner cette consommation.
Une protection imprévue offerte aux cellules cancéreuses
Le mécanisme mis en évidence par l’étude est aussi simple que troublant. Les cellules cancéreuses du pancréas, comme toutes les cellules de l’organisme, ont besoin de NAD pour fonctionner. La chimiothérapie agit précisément en endommageant l’ADN de ces cellules et en créant un stress oxydatif toxique pour elles. Or les processus de réparation cellulaire et de gestion du stress oxydatif consomment du NAD. En d’autres termes, plus une cellule cancéreuse dispose de NAD, mieux elle résiste à la chimiothérapie.
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Les expériences en laboratoire menées par l’équipe de Case Western montrent que la NMN rend les cellules cancéreuses pancréatiques entre trois et sept fois plus résistantes aux médicaments de chimiothérapie de référence — gemcitabine, oxaliplatine et 5-fluorouracil — couramment utilisés contre les cancers pancréatiques et des voies biliaires avancés. La NMN s’est révélée la plus problématique des trois molécules testées ; la NR a montré un effet protecteur modéré sur les tumeurs ; la NAM a eu peu d’impact dans les expériences cellulaires, mais a accéléré la croissance tumorale dans les modèles animaux.
Des résultats confirmés sur l’animal
L’effet ne se limite pas aux cellules en boîte de Pétri. Sur des modèles murins de cancer pancréatique, les souris ayant reçu de la NMN ou de la NAM ont développé des tumeurs à croissance plus rapide et nettement plus résistantes à la chimiothérapie. L’effet de réduction tumorale habituellement obtenu par chimiothérapie, qui se situe en moyenne entre 60 % et 70 %, s’est effondré à seulement 20 % à 30 % chez les souris supplémentées en NMN. Et ce résultat a été observé à des doses correspondant à une consommation humaine standard de complément alimentaire, et non à des doses massives expérimentales.
L’enjeu n’est pas mince. Le cancer du pancréas est l’un des plus redoutables qui soient. Le taux de survie à cinq ans plafonne aujourd’hui à environ 13 %, faisant de cette pathologie l’un des cancers les plus létaux. Tout facteur qui réduit l’efficacité de la chimiothérapie, déjà limitée, peut faire basculer le pronostic vital d’un patient.
Pourquoi les tumeurs pancréatiques sont particulièrement vulnérables à cet effet
Les cancers du pancréas se développent dans des zones pauvres en oxygène et en nutriments, conditions qui tueraient la plupart des cellules normales. Pour survivre dans ce milieu hostile, les cellules cancéreuses pancréatiques s’appuient massivement sur leurs systèmes internes de soutien métabolique, dont les voies dépendantes du NAD. Ce qui fait du pancréas une cible particulièrement sensible aux compléments boostant le NAD : ce qui aide une cellule saine à mieux supporter le stress du vieillissement peut, dans cet environnement tumoral spécifique, donner aux cellules cancéreuses un avantage décisif.
Le Dr Winter le résume sans détour : la chimiothérapie et la radiothérapie sont conçues pour endommager les cellules cancéreuses par stress oxydatif, et tout ce qui aide ces cellules à réparer ces dommages ou à réduire ce stress peut potentiellement compromettre le traitement.
Des effets contradictoires selon les types de cancer
Une nuance importante mérite d’être posée. Les effets des compléments boostant le NAD ne sont pas uniformes selon les types de cancer. Plusieurs études antérieures portant sur les cancers du col de l’utérus, du sein, du foie ou du poumon ont, à l’inverse, montré que la NAM pouvait dans certains cas améliorer l’efficacité de la chimiothérapie. La différence d’effet tient probablement à la nature spécifique de chaque tumeur, à son métabolisme énergétique, et au dosage du complément.
Un phénomène similaire a déjà été documenté avec les antioxydants classiques que sont les vitamines C et E. Plusieurs travaux ont paradoxalement montré que ces vitamines, prises en complément pendant un traitement contre le cancer, pouvaient réduire les effets secondaires de la chimiothérapie tout en favorisant la croissance tumorale. La frontière entre la « protection cellulaire » bénéfique et la « protection des cellules cancéreuses » néfaste est nettement plus mince qu’on ne le suppose dans la culture grand public des compléments alimentaires.
Un message simple pour les patients en cours de traitement
Les auteurs de l’étude n’appellent pas à un retrait général de ces compléments du marché. Pour une personne en bonne santé, rien dans ces travaux ne suggère un effet délétère. Mais pour les patients atteints d’un cancer du pancréas, ou plus largement engagés dans un protocole de chimiothérapie, l’avertissement est explicite : la prise de NMN, NR ou NAM doit impérativement être discutée avec l’oncologue traitant, au même titre que tout autre médicament ou complément.
Le paradoxe est cruel. Certains patients atteints d’un cancer prennent précisément ces compléments pour mieux supporter les effets secondaires de la chimiothérapie — fatigue, nausées, faiblesse — alors qu’ils risquent dans le même temps de réduire l’efficacité du traitement. Une démarche d’auto-médication motivée par la volonté de mieux vivre la chimiothérapie pourrait, paradoxalement, en réduire les chances de succès.
Une vigilance plus large nécessaire
L’étude souligne, en filigrane, un problème plus général. Les compléments alimentaires sont vendus dans la plupart des pays occidentaux sans prescription, dans un cadre réglementaire bien moins exigeant que celui des médicaments. Beaucoup de patients ne pensent pas à les mentionner à leur médecin parce qu’ils ne les considèrent pas comme des « vrais médicaments ». Or, ces molécules ont une action biologique réelle, parfois puissante, et peuvent interagir avec les traitements en cours.
Les chercheurs de Case Western recommandent un dépistage systématique de la consommation de compléments alimentaires chez les patients atteints de cancer, ainsi qu’une intensification des études cliniques sur les interactions entre les boosters de NAD et les thérapies anticancéreuses. Pour les patients atteints d’un cancer du pancréas actuellement en traitement, le Dr Winter conseille d’aborder le sujet sans délai avec leur oncologue.
Les compléments anti-âge ne sont pas des bonbons, leur prise n’est pas anodine, et leur usage doit s’inscrire dans une approche médicale informée — surtout en cas d’antécédents personnels ou familiaux de pathologies graves. Le marketing des laboratoires qui les commercialisent reste, jusqu’à preuve du contraire, à interroger avec une certaine prudence.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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