Dans une petite maison tranquille de Gainesville, en Floride, vit un chat noir aux yeux verts. À première vue, Pepper est un chat comme tant d’autres. Il n’est pas particulièrement dressé, mais c’est un vrai chasseur-né qui adore explorer et surtout rapporter ses proies mortes à la maison.

Son humain s’appelle John Lednicky, virologue à l’université de Floride. Contrairement à la plupart des propriétaires de chats, il voit d’un très bon œil les petits cadeaux de Pepper. Plutôt que de laisser les animaux morts dans le jardin, John les récupère pour les analyser au laboratoire.

Ne vous fiez pas à leur mignonne petite tête. Les chats peuvent contenir le parasite responsable de la toxoplasmose, une infection souvent bénigne, mais qui peut être très dangereuse pour les fœtus et pour les personnes immunodéprimées. © Sergiu Bacioiu, Flickr, cc by nc 2.0

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« Si vous trouvez un animal mort, pourquoi ne pas le tester au lieu de l’enterrer ? On peut en apprendre beaucoup », explique-t-il. Mais il ne se doutait probablement pas que cette simple habitude aboutirait à deux découvertes majeures en virologie.


Les chats domestiques, comme Pepper, chassent souvent de petits animaux sauvages et peuvent ainsi aider à détecter des virus. © John Lednicky

Pepper, assistant scientifique malgré lui

En juillet 2025, Pepper dépose une musaraigne à queue courte sur le pas de la porte. L’animal, typique de la région des Everglades, est en bon état. John Lednicky décide de l’analyser au laboratoire. Résultat : ses tissus sont porteurs d’un orthoréovirus jusqu’alors inconnu.

Cette famille de virus, longtemps considérée comme bénigne, fait depuis peu l’objet d’une attention particulière. Les orthoréovirus sont capables d’infecter divers mammifères et les humains, et certaines rares souches ont été associées à des pathologies humaines, comme des troubles respiratoires, des gastro-entérites ou, plus rarement, des encéphalites chez les enfants.

Les chats peuvent être porteurs de pathogènes encore inconnus comme en témoigne la récente mésaventure de cet Anglais mordu par un chat errant. © zsv3207, iStock

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Grâce à la récente prise de Pepper, John Lednicky et ses collègues ont pu publier en juin dernier le séquençage complet de ce virus dans la revue Microbiology Resource Announcements. Si ce virus ne représente pas encore un danger pour l’humain, sa découverte rappelle à quel point il est crucial de surveiller ces agents infectieux de près.

La chasse aux proies lui a déjà permis de détecter deux virus

Mais ce n’est pas la première fois que Pepper contribue sans le vouloir à la recherche. En 2024 déjà, l’analyse d’un rongeur capturé par Pepper avait permis de découvrir un jeilongvirus, un type de virus à ARN rarement identifié aux États-Unis. Ce virus était également inconnu dans les bases de données mondiales. Fait inquiétant : il s’est révélé capable d’infecter des cellules de primates, ce qui suggère un potentiel de transmission inter-espèces.

La #Mpox, ou variole du singe, est une zoonose : une maladie transmise de l’animal à l’humain.

Pour l’infectiologue à l’hôpital Bichat, Xavier Lescure, les zoonoses qui sont à l’origine de 70 % des épidémies, sont en augmentation. Explications???? pic.twitter.com/pngTpb2PBN

— 28 minutes (@28minutes) August 20, 2024

Pepper n’a jamais été un sujet d’expérimentation. Il n’a jamais été infecté, ni manipulé dans un but scientifique. Il continue à vivre sa vie de chat libre, mais son travail involontaire est précieux.

© OGphoto, iStock

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Comme le rappellent les chercheurs, de nombreux virus pathogènes circulent silencieusement chez les animaux sauvages et certains peuvent un jour franchir la barrière des espèces. Le travail de Pepper permet justement de repérer ces virus tôt, avant qu’ils ne deviennent une menace pour l’humain.

Qui sait quels virus Pepper pourrait encore découvrir dans les années à venir ?