Les compagnies aériennes commencent à répercuter la hausse des prix du kérosène sur les frais qu’elles facturent à leurs clients, notamment les prix des billets et les frais de bagages. Elles suppriment aussi certaines liaisons ou réduisent la taille des avions qui sont utilisés.

Le coût du gallon de kérosène en mars était de 3,13 dollars, en hausse de 74 cents (31%) par rapport à février, selon les derniers chiffres officiels du département américain des Transports.

En conséquence, les frais des compagnies aériennes s’envolent. Les dépenses en kérosène des compagnies américaines se sont ainsi établies à 5,06 milliards de dollars en mars 2026, contre 3,88 milliards en mars 2025. Les compagnies européennes ont elles dit faire face au plus grand défi depuis la pandémie de Covid.

Peu de suppressions de vols

Comme le kérosène pèse pour un quart des dépenses des entreprises du secteur, les mesures d’économies se multiplient ces dernières semaines. Des surtaxes sur les billets commencent à être appliquées, notamment par Air France ou les compagnies américaines. D’autres appliquent des surtaxes sur les bagages uniquement. Mais certaines sociétés n’ont pas encore décidé de telles mesures, comme Swiss.

La Fédération française de l’aviation, qui représente les compagnies aériennes du pays, a pour sa part assuré que « les augmentations de prix seraient très modérées », car « leur intérêt est d’avoir une bonne saison estivale ». Beaucoup craignent en effet de perdre des clients en masse en cas de forte augmentation.

Les annulations de vols sont également un moyen d’économiser sur les frais. Plusieurs compagnies aériennes à bas coût, comme Transavia (filiale d’Air France-KLM), ont biffé certaines liaisons fin avril, mais cette tendance est très marginale depuis le début de la crise en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz.

>> Réécouter l’interview dans Tout un monde de l’expert en aéronautique Michel Polacco : Y a-t-il du kérosène dans l’avion? Avec Michel Polacco / Tout un monde / 7 min. / le 24 avril 2026

La réduction de la capacité des avions est une stratégie davantage utilisée à l’heure actuelle. Selon Cirium, une société qui analyse les données aéronautiques, les compagnies aériennes ont supprimé plus de 9 millions de sièges pour cet été, donc du 1er juin au 30 septembre.

Et rien que pour le mois de mai, on estime que 2 millions de sièges ont été supprimés, soit en réduisant la taille des avions utilisés, soit en annulant certaines correspondances, comme l’ont fait notamment Lufthansa, Turkish, Air China, United et American Airlines.

Redéploiement chez Swiss

Swiss, de son côté, dit s’être vite adaptée aux blocages du trafic au Moyen-Orient, ce qui lui a permis d’augmenter ses bénéfices au premier trimestre. La plupart des vols vers Dubaï étant suspendus, la compagnie helvétique s’est retrouvée avec un avion inutilisé et elle l’a redéployé vers New Delhi, a expliqué Jens Fehlinger, directeur général de Swiss, jeudi dans La Matinale. Lufthansa mise également davantage sur les vols vers l’Asie, car la demande est forte.

Swiss est toutefois prudente concernant les prochains mois: « Pour l’instant, nous regardons la situation d’un mois à l’autre. Il s’agit donc d’une mesure temporaire, mais c’est envisageable de pérenniser ce service et de l’étendre en Inde et en Asie. Mais notre priorité actuelle est de maintenir un programme de vols stable durant cette phase », a aussi expliqué Jens Fehlinger.

>> Ecouter le sujet de La Matinale sur les chiffres de Swiss : La demande vers l’Asie propulse les bénéfices de Swiss / La Matinale / 1 min. / aujourd’hui à 06:22 Pas de boissons à bord

A l’heure de se serrer la ceinture, les compagnies aériennes ont aussi annoncé diverses réductions de poste de dépenses. Delta a ainsi fait savoir que le service de boissons et de collations sera supprimé sur les vols courts dès le 19 mai, suscitant de fortes réactions sur les réseaux sociaux. Ce ‘service zéro’ est d’ailleurs déjà appliqué par d’autres compagnies comme United Airlines.

Les compagnies américaines à bas coût ont aussi demandé à l’administration américaine une aide gouvernementale de 2,5 milliards de dollars, mais cette demande a été rejetée par le secrétaire aux Transports Sean Duffy, qui a jugé qu’elle n’était pas nécessaire « à ce stade ».

Les compagnies européennes ont pour leur part demandé à l’UE des mesures d’urgence sur le kérosène, mais rien n’a encore été annoncé.

Sujets radio: Katja Schaer, Mathilde Farine et Cynthia Racine

Texte web: Frédéric Boillat