Créée par Eric Devanthéry et sa troupe au Théâtre du Grütli à Genève jusqu’au 9 mai, avant une tournée romande, la pièce ‘Henry IV – Anatomie du pouvoir’ de Shakespeare alterne drame et farce, batailles anciennes et répertoire rock.
Imaginez une douche. Quelqu’un contrôle robinet et mélangeur et vous ne savez jamais si l’arrosage sera chaud ou froid. Ça pourrait être un cauchemar, c’est le principe de ‘Henry IV’, une pièce de théâtre signée William Shakespeare.
Cette pièce, c’est deux spectacles en un, à la fois tragédie politique des plus graves et farce paillarde des plus cocasses. Les scènes se mélangent et les huit interprètes de jongler avec le double de personnages et des situations allant de la haine au rire, de la solennité à la bouffonnerie.
Un beau tour de force pour le metteur en scène Eric Devanthéry et sa compagnie Utopia. Un tour de force aussi pour le public qui doit parfois s’accrocher pour comprendre qui est qui au gré des brusques changements de costumes et d’attitudes.
Thierry Romanens, un Falstaff convaincant
Côté bouffon, la palme assurément à Thierry Romanens campant un Falstaff tout à fait convaincant dont le ventre de baleine trahit un amour immodéré du houblon et du sherry. Drôle, roué, veule, vantard et pendard, il est le bouffon de ce drame historique où l’on tranche des têtes et où la profession de roi tient du job intérimaire à haut risque.
Autour de lui s’agitent les nobles, les courtisans et les camarades de beuverie, soit les excellents Prescillia Amany Kouamé, Rachel Gordy, Léonie Keller, Jean-Claude Fernandez, José Ponce, Florian Sapey et Pierre Spuhler, plus Bartek Sozanski en personnage muet filmant les scènes à la vidéo et leur donnant ainsi un caractère plus dramatique façon série historique des ‘Rois maudits’.
>> A écouter: Pourquoi Eric Devanthéry propose-t-il une nouvelle traduction remaniée par ses soins d »Henry IV’? : La question : pourquoi retraduire Shakespeare, Eric Devanthéry? / Vertigo / 4 min. / vendredi à 17:09 Redécoupage de l’oeuvre de Shakespeare
Pour rendre intelligible cette saga qui compte des épisodes précédents (‘Richard II’) de même qu’une suite, le metteur en scène s’est permis un redécoupage bienvenu de l’œuvre de Shakespeare pour faciliter la compréhension de ces luttes politiques pour qui ne serait pas familier des querelles de l’an 1402.
Reprenant une idée testée lors de sa précédente adaptation des ‘Misérables’ d’après Victor Hugo, Eric Devanthéry rythme le récit avec des intermèdes chantés. Et la troupe de former un chœur en entonnant des titres de Joy Division, The Cure, David Bowie ou The Clash dont les textes (traduits en français sur fond de scène) offrent un excellent contrepoint à l’action shakespearienne. « Dieu est avec nous », proclament ces seigneurs de guerre avant la bataille. Un air connu, y compris en ce printemps 2026.
Shakespeare n’était pas un précurseur de notre temps, c’est juste que l’espèce humaine est toujours aussi désespérante.
Thierry Sartoretti/aq
‘Henry IV’ de Shakespeare, mis en scène par Eric Devanthéry. A voir au Théâtre du Grütli du 22 avril au 9 mai; Théâtre du Jorat, Mézières (VD), le 29 mai; Théâtre des Osses, Givisiez (FR), du 4 novembre au 20 décembre 2026; Les Terreaux, Lausanne, du 5 au 28 février 2027; Théâtre Benno Besson, Yverdon-les-Bains (VD), du 4 au 7 mars 2027; Le Reflet, Vevey (VD), le 9 mars 2027.