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Il ne vous reste plus que quelques jours pour découvrir 143 œuvres, issues de collections privées, à Saint-Orens. Parmi elles, des Picasso, Soulages, Niki de Saint Phalle, Banksy… c’est l’occasion d’approcher ces trésors méconnus.

Jusqu’à ce dimanche 10 mai, l’Espace Lauragais de Saint-Orens-de-Gameville accueille l’exposition « De Picasso à Warhol, les maîtres du XXe siècle » : une sélection vertigineuse de 143 pièces issues des prestigieuses collections privées de la région. Un voyage rare au cœur de l’art moderne, rendu possible par la dévotion des Amis de 349 Gallery, dont l’association est présidée par Laurent Deshais.

Une traversée chromatique du siècle

Ici, le visiteur ne déambule pas au hasard ; il suit un sillage chronologique de couleurs qui balise cent ans de génie artistique. « Nous voulions que chacun puisse comprendre rapidement qu’on allait traverser cinq mouvements extrêmement importants : le cubisme, le surréalisme, l’abstraction, le nouveau réalisme et le pop art », s’enthousiasme Frédéric Pinson-Meilhac, commissaire de l’exposition pour 349 Gallery, dont l’énergie est aussi communicative que les œuvres qu’il présente.

Le violet ouvre le bal avec le cubisme. Devant les traits structurés des affiches de Picasso et des lithographies de Braque, le choc est immédiat. On trouve des originaux de Gromaire. « Nous avons 60 % d’originaux, des lithographies rares, des estampes de Chillida, des pièces de Survage », précise Frédéric avec une fierté non dissimulée. Puis, le tracé bleu marine nous aspire vers les rêves du surréalisme : des estampes d’Antonio Saura, de Dalí, de Calder à Bellmer et ses dessins à l’érotisme troublant.

Le rouge, vibrant, signale l’abstraction. C’est ici que l’exceptionnel côtoie l’intime : des créations de Nicolas de Staël, les rires colorés de CoBrA et surtout une pièce magnifique de Soulages, sans oublier cette œuvre du moine Kim En Joong. Le parcours culmine avec l’explosion du nouveau réalisme (marquage rose) avec César, Niki de Saint Phalle, Combas et Karel Appel… pour s’achever dans l’euphorie du pop art (jaune) sous l’égide de Warhol, Vasarely, Lichtenstein, Basquiat, Combas et un Banksy final qui scelle cette épopée visuelle.

Les trésors des collectionneurs

Mais derrière ce déploiement de signatures mondiales se cache une aventure humaine singulière. Laurent Deshais et Frédéric Pinson-Meilhac ont réalisé un tour de force : convaincre des collectionneurs de l’association 349 Gallery de « décrocher » leurs trésors personnels pour en faire profiter le plus grand nombre.

Après de précédents événements consacrés à Soulages, Miró et Dalí, Laurent Deshais et Frédéric Pinson-Meilhac récidivent. Ils ont eu le déclic après le Covid, partant du postulat que le plus beau musée pouvait être celui que l’on ne voit jamais. Le duo a osé demander, et le miracle a eu lieu. Ils évoquent avec humilité ces « noirs » de Soulages aperçus chez des particuliers, inaccessibles par simple contrainte technique, mais qui témoignent de la richesse insoupçonnée du patrimoine régional.

« C’est une affaire de confiance et de réseau », confirme Frédéric, face à ces pièces qui vivent habituellement dans le secret des maisons. Et Laurent d’abonder : « Ce sont des passionnés qui acceptent spontanément de partager leur émotion moyennant quelques précautions. » Sur les murs de l’Espace Lauragais, certaines œuvres sont estimées à plus de 20 000 euros, toutes ont été méticuleusement réencadrées et protégées par un plexiglas pour l’occasion. Un système de caméras de sécurité veille sur elles.

L’art pour tous, sans barrière

Loin de l’élitisme des galeries et des musées, l’Espace Lauragais de Saint-Orens propose aussi une rencontre artistique pédagogique. « C’est un lieu où les gens peuvent rencontrer l’art sans avoir fait une maîtrise d’histoire de l’art, sans avoir des œuvres d’art chez eux. Ils viennent, ils découvrent, ils aiment ou ils n’aiment pas. Mais on ne les repousse pas parce qu’ils n’en ont aucune connaissance », assure Frédéric.

Quant aux collectionneurs qui fréquentent l’expo, ils préfèrent en général rester discrets. « Ils se pointent, regardent, mais ne veulent pas que ça se sache. Ils restent anonymes, globalement », ajoute Frédéric.

Mais leur plus grande victoire à tous les deux, c’est le défilé incessant des écoliers. Avec douze groupes par jour comme ce mardi, le pari de la démocratisation aux grands maîtres est gagné. En voyant ces jeunes s’émerveiller devant un Warhol ou un Basquiat, Laurent et Frédéric savent qu’ils ont réussi l’essentiel : rendre l’art accessible à tous.

Si vous manquez l’étape de Saint-Orens, l’exposition poursuivra sa route à Gruissan puis à Lavaur. « Au total, nous devrions réunir 10 000 visiteurs », conclut le duo.

« De Picasso à Warhol, les maîtres du XXe siècle », à l’Espace Lauragais, à Saint-Orens ; jusqu’au 10 mai. Ouvert de 10 h à 19 h, sauf ce dimanche 10 mai de 10 h à 18 h. Entrée : 8 €, gratuit pour les moins de 18 ans, billetterie sur place.