La dépression, deuxième trouble mental le plus fréquent, affecte profondément la vie quotidienne et professionnelle.Parler de sa maladie au travail reste complexe en raison des préjugés qui existent.Les conseils de la psychologue Meriem Salmi.

Le manuel MSD définit la dépression comme étant « caractérisée par un sentiment de tristesse ou d’apathie tel qu’il empêche la personne d’accomplir ses tâches quotidiennes ou de participer aux activités qui lui font d’ordinaire plaisir ». Elle est le deuxième trouble mental le plus fréquent, après l’anxiété, rappelle la bible médicale. En 2024, 15,6% des adultes de 18 à 79 ans ont vécu un épisode dépressif. Selon Santé publique France, « les télétravailleurs, les employés et les professions intermédiaires sont davantage concernés par la survenue d’un EDC ». 

Maladie dite invisible, la dépression perturbe intensément la vie quotidienne. Elle affecte le sommeil, les relations, les capacités cognitives, la vie sociale et professionnelle. Si on parle davantage de santé mentale, et notamment au travail, il n’est pas toujours simple d’aborder cette question sur son lieu de travail, d’autant plus qu’un salarié n’a pas d’obligation d’informer son employeur de son état de santé. Néanmoins, faut-il en parler ? La psychologue Meriem Salmi nous livre son éclairage et ses conseils.

Comment annoncer sa dépression à son entourage professionel ?

Est-ce qu’il faut parler de sa dépression à ses employeurs ou à ses collègues de travail ?

Ce qui est compliqué avec ce type de question, c’est qu’il n’existe pas de réponse universelle. Parler de sa dépression représente nécessairement une prise de risque, en raison des nombreux préjugés très négatifs (folie, faiblesse…) qui persistent autour de la santé mentale. Le principal obstacle est que les gens ne sont pas formés pour recueillir ce type d’information, ni pour la traiter ou orienter la personne concernée. Par ailleurs, la dépression est une souffrance invisible. Quand on se casse une jambe, personne ne niera la douleur ni la nécessité d’une rééducation. La dépression, elle, ne se voit pas aussi facilement. Certaines personnes continuent de travailler malgré elle, tout dépend de l’intensité des symptômes, de la tolérance à la souffrance, et d’une multitude d’autres facteurs.

L’environnement joue également un rôle déterminant : selon que l’on évolue dans un cadre bienveillant ou, au contraire, dans un climat hostile, les paramètres changent radicalement. La perception de la maladie varie aussi beaucoup d’une personne à l’autre. Nombreux sont ceux qui passent à côté d’une dépression, convaincus qu’il suffit de « se lever et se bouger ». Parler de sa dépression est donc une prise de risque qu’il convient d’évaluer soigneusement. L’impact sur le travail est inévitable. Et si l’on n’en parle pas, on peut se retrouver dans des situations difficiles : mise au placard, convocations, ou d’autres mesures assez brutales.

Comment annoncer cette dépression à son entourage professionnel ?

Il faut d’abord évaluer la façon avec laquelle l’information sera reçue. Si l’on décide d’en parler, parce que l’on sent que c’est possible, ou parce que collègues et supérieurs commencent à s’en rendre compte, il est essentiel de préparer cet entretien. On communique des informations accessibles à tous : on explique que l’on traverse une période difficile, que l’on est épuisé. Il n’est pas forcément nécessaire de nommer immédiatement la dépression, c’est un mot qui peut effrayer encore aujourd’hui. On peut commencer par évoquer les difficultés concrètes (fatigue, difficultés de concentration…) que l’on rencontre, puis, au fil de l’échange, observer si l’interlocuteur est réceptif. Si c’est le cas, on peut alors aller plus loin et parler de dépression.

On peut aussi choisir de dire simplement que l’on traverse un moment difficile, que c’est passager. Mais une chose est incontournable : il est essentiel de consulter les professionnels de santé compétents, médecins généralistes, psychologues, psychiatres. On ne peut pas s’en sortir seul.

Lorsque le travail commence à être affecté, c’est à ce moment-là qu’il faut prendre le risque d’en parler Meriem Salmi, psychologue

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Peut-on continuer à travailler même avec une dépression ?

C’est possible à condition d’être accompagné par une thérapie et, le cas échéant, un traitement médicamenteux. Tout dépend du stade et de l’intensité de la dépression, des ressources de la personne pour y faire face, et de son contexte de vie : dispose-t-elle d’un soutien familial solide, ou est-elle seule ? En plus du soin et du traitement, il est indispensable de penser à la récupération. La fatigue est l’un des symptômes les plus difficiles à gérer, car elle génère une sorte de brouillard mental. Et la récupération ne se résume pas au sommeil : en période de dépression, on n’arrive souvent pas à dormir, les pensées parasites tournent en boucle. Au travail, on peut s’accorder cinq minutes plusieurs fois dans la journée, pour s’isoler et se recentrer, car en période de dépression, on est très sensible au stress… et il n’est pas seulement psychologique : le bruit, la lumière des néons, les conversations ambiantes deviennent difficiles à supporter. Même aller aux toilettes offre un précieux moment de pause. Ces cinq minutes peuvent sembler dérisoires, mais elles sont énormes pour le cerveau que l’on met momentanément au repos.

À quel moment est-il urgent d’en informer les personnes avec qui l’on travaille ?

Lorsque le travail commence à être affecté, que les collègues commencent à s’en rendre compte, que la dépression a pris suffisamment de place pour nous anéantir, c’est à ce moment-là qu’il faut prendre le risque d’en parler et dire que l’on traverse une période très difficile. Il est certes plus facile de parler d’une maladie physique, visible, que d’une maladie que personne ne voit. Mais la dépression est une maladie à part entière, une maladie que l’on ne souhaite à personne, car elle empêche de vivre pleinement. Et il ne faut pas l’oublier : on peut mourir d’une dépression, mais aussi que l’on peut tout à fait guérir d’une dépression si l’on se soigne.

Sabine BOUCHOUL