Toujours plus grands, nombreux et énergivores, les datacenters se développent rapidement en Suisse. Tandis que certains dénoncent leur impact sur l’environnement et fustigent leur exemption de taxes, d’autres estiment que le progrès technique permettra de minimiser les coûts énergétiques, au profit de l’économie suisse.
La Suisse compte déjà 120 datacenters sur son territoire. Le plus récent en construction, celui de Volketswil (ZH), nécessitera 100 mégawatts par an. Soit, à titre de comparaison, quatre fois plus qu’une ville suisse de taille moyenne. Depuis 2019, leur consommation d’électricité a augmenté de 20% et représente aujourd’hui l’équivalent d’un quart de la production de la plus grande centrale nucléaire de Suisse, celle de Gösgen (SO).
>> Les explications de Forum :
Un rapport met en lumière la consommation d’électricité vertigineuse des datacenters en Suisse / Forum / 2 min. / aujourd’hui à 18:00
Or, avec l’essor des outils d’intelligence artificielle générative, la tendance n’est pas près de s’arrêter: selon un rapport commandé par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) et publié jeudi, la consommation d’énergie de ces gigantesques hangars qui hébergent les données numériques pourrait encore tripler d’ici 2030.
>> Lire aussi : Les centres de données pourraient consommer jusqu’à 15% de l’électricité suisse en 2030
Efficience énergétique à améliorer
Cette situation inquiète et crispe également au niveau politique, car les exploitants de ces datacenters sont exemptés des taxes en faveur de la transition écologique (lire encadré).
Toutefois, selon les spécialistes, le potentiel d’économies d’énergie est énorme: plus d’un tiers de la consommation de ces centres de données pourrait déjà être économisée aujourd’hui. Les plus optimistes n’y voient donc pas de risque pour l’approvisionnement énergétique du pays.
Ces centres de données peuvent assurer la prospérité de la Suisse, voire remplacer le modèle financier par un modèle numérique
Rachid Guerraoui, chercheur en informatique à l’EPFL
« Je pense que ce n’est pas une fatalité », estime ainsi Rachid Guerraoui, responsable du laboratoire d’informatique distribuée à l’EPFL. « L’histoire du numérique nous démontre qu’on est allé vers beaucoup de miniaturisation », soit de diminution des ressources nécessaires pour effectuer certaines opérations.
« La Confédération pourrait peut-être financer davantage ce genre de recherches et ainsi rentabiliser les rabais qu’elle fait à ces centres de données », poursuit-il.
Futur eldorado pour la Suisse?
Pour le chercheur suisso-marocain – co-responsable à l’EPFL du projet AnywaySystems – la Confédération devrait même se profiler comme un acteur central dans l’économie du stockage de données.
« D’un point de vue économique, de la même manière que la Suisse est devenue une place financière en accueillant de l’argent à droite et à gauche et en développant des services financiers, elle pourrait, en accueillant des données et des services informatiques du monde entier, devenir le centre numérique de l’Europe et assurer une certaine prospérité », argumente-t-il.
« À nous de développer des solutions frugales qui ne vont pas menacer l’approvisionnement de nos concitoyens. […] Mais il ne me semble en aucun cas raisonnable de revenir en arrière et de renoncer à ces centres de données. Ils peuvent assurer la prospérité de la Suisse, voire remplacer le modèle financier par un modèle numérique. »
>> L’interview complète de Rachid Gerraoui dans Forum :
Les datacenters menacent-ils notre approvisionnement en électricité? Interview de Rachid Gerraoui / Forum / 4 min. / aujourd’hui à 18:00
L’OFEN, de son côté, reconnaît indirectement que ce nouveau méga-consommateur remet en cause l’équilibre énergétique du pays: interpellé par la RTS, il explique qu’il faudra identifier des mesures pour améliorer l’efficacité énergétique de ces infrastructures.
La Confédération annonce aussi qu’elle surveillera désormais de plus près la consommation de ces centres.
Sujet radio: Jean-Marc Heuberger
Texte web: Pierrik Jordan
Propos recueillis par l’émission Forum