La crise qui secoue actuellement TeleBielingue dépasse largement le cadre d’un conflit social classique. La manifestation organisée ce mercredi 6 mai 2026 devant les locaux de la chaîne par les collaboratrices et collaborateurs, soutenus par syndicom, met en lumière les tensions structurelles auxquelles sont confrontées les télévisions régionales privées en Suisse. (Lire article Cominmag)
Au cœur du conflit : le refus de Gassmann Media d’ouvrir des négociations sur un plan social après l’annonce de suppressions massives d’emplois. Sur 55 collaborateurs, 41 perdront leur poste à la suite de la perte de concession de la chaîne. Une restructuration d’une ampleur rare dans le paysage audiovisuel régional suisse.
La pétition remise à Christian Bärenfaller, directeur de Gassmann Media, formalise des revendications relativement classiques dans un contexte de licenciements collectifs : compensations financières, délais de transition suffisants, accompagnement à la reconversion et soutien à la recherche d’emploi. Mais derrière ces demandes se joue une question plus profonde : celle de la responsabilité sociale des groupes médias dans un environnement économique devenu extrêmement fragile.
Une restructuration qui cristallise les tensions du secteur
La perte d’une concession a constitué un choc existentiel. Or, la direction de TeleBielingue a choisi de maintenir une activité sous une nouvelle formule « TeleBielingue 2.0 », avec jusqu’à 17 postes conservés. Une décision saluée par syndicom, mais jugée insuffisante pour justifier l’absence de dispositif social pour la majorité des salariés concernés.
Le conflit révèle ainsi une contradiction devenue fréquente dans les médias : comment financer simultanément transformation numérique, réduction des coûts et accompagnement social des équipes ?
La communication interne au centre des critiques
Au-delà des suppressions d’emplois elles-mêmes, c’est surtout la gestion humaine et communicationnelle du dossier qui cristallise les critiques.
Selon syndicom et plusieurs membres du personnel, les recrutements liés à la future structure auraient été menés de manière sélective et peu transparente, parallèlement aux entretiens de licenciement. Une situation qui aurait nourri un sentiment d’opacité et d’inégalité de traitement au sein de la rédaction.
La critique est particulièrement sensible pour une entreprise active précisément dans le domaine de l’information et de la communication. Barbara Roelli, journaliste au sein de la chaîne et présidente du comité de branche Presse et médias électroniques de syndicom, résume ce malaise en dénonçant une communication « décevante » de la part de Gassmann Media.
Dans un secteur où les entreprises valorisent publiquement les notions de confiance, de proximité et de responsabilité éditoriale, les enjeux de gouvernance interne deviennent désormais des questions réputationnelles à part entière.
La question du plan social devient stratégique
Le conflit autour de TeleBielingue agit comme un révélateur des fragilités du modèle des télévisions régionales privées en Suisse. Déjà confrontées à une dépendance importante aux concessions publiques et à un marché publicitaire limité, ces chaînes doivent désormais absorber les coûts de leur transition numérique tout en maintenant leur mission d’information de proximité.
Comment dès lors garantir la viabilité économique des médias régionaux ? Jusqu’où les groupes médias peuvent-ils externaliser le coût social des transformations en cours ? Et surtout, quelle place la Suisse souhaite-t-elle encore accorder à un audiovisuel local capable de produire de l’information régionale dans plusieurs langues ?