Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes accusent la boisson star du moment d’être à l’origine d’une perte de cheveux soudaine. Psychose collective infondée ou réel effet secondaire ? Des expertes font le point sur cette rumeur grandissante.

Pour un produit censé apporter la sérénité, il déchaîne les passions. Après avoir causé une pénurie mondiale en raison de sa popularité fulgurante, le matcha s’attire désormais les foudres de ses adeptes. Célébrée dans la tradition ancestrale sino-japonaise pour ses nombreux bienfaits sur la santé, cette poudre de thé vert devenue la star des coffee shops branchés se retrouve aujourd’hui au cœur d’une polémique inattendue. Sur les réseaux sociaux, la boisson est désormais pointée du doigt par certaines consommatrices, qui racontent avoir vu leur chevelure s’affiner après en avoir fait leur rituel quotidien.

Tout part d’une vidéo de l’entrepreneuse américaine Michelle Ranavat, visionnée plus de 11 millions de fois sur Instagram. Celle qui se présente comme experte en beauté holistique affirme avoir constaté un affinement de sa chevelure après avoir remplacé son café par du matcha. Depuis, les témoignages similaires se multiplient, notamment sur TikTok et Instagram, alimentant une inquiétude virale. «Quand tu réalises que le matcha que tu buvais chaque matin est probablement la raison pour laquelle tes cheveux tombent», confie une jeune Australienne dans une vidéo massivement relayée.


Passer la publicité

Même constat pour la nutritionniste américaine Micaela Riley, dans une vidéo visionnée plus de 3,7 millions de fois. Ou encore, pour cette Néerlandaise, infirmière de formation et entrepreneuse dans l’industrie capillaire, qui assure avoir retrouvé une chevelure plus saine après avoir fermement décidé de tirer un trait sur le matcha. Bref, une mécanique bien connue de ces plateformes : celle où expériences personnelles et interprétations rapides finissent par dessiner une certitude collective.

Une inquiétude sans fondement établi

Face à cette rumeur grandissante, les spécialistes se veulent rassurants. «Il n’existe aucune étude scientifique chez l’humain démontrant que le matcha favorise la chute de cheveux», clarifie le Dr Sophie Domergue, chirurgienne esthétique à Montpellier et membre du comité d’expertes de la marque Aime.

Certaines recherches tendraient même à suggérer l’inverse. «L’EGCG (épigallocatéchine gallate, NDLR), un puissant antioxydant présent dans le thé vert, a montré des effets potentiellement bénéfiques sur la repousse du poil… mais uniquement dans des études menées sur des animaux». Même constat pour la L-théanine, autre composé phare du matcha, associée à une réduction du stress, «un facteur bien connu de la chute capillaire». Des résultats encourageants, mais encore insuffisants pour tirer des conclusions chez l’humain.

La théorie du fer

Alors comment expliquer ces témoignages ? Une piste revient systématiquement : la carence en fer. «Des cas peuvent survenir chez de grandes consommatrices de matcha, en particulier chez des personnes déjà sujettes à un déficit en fer ou à une anémie», nuance le Dr Domergue. En cause : les tanins et polyphénols présents dans le thé, qui freinent l’absorption du fer. «Un effet accentué avec le matcha, puisque la feuille entière est consommée.»

Les femmes, plus sujettes aux carences en fer

Près de 25% des Françaises non ménopausées présentent un déficit en fer, et 5% une anémie. Pendant une grossesse ou en cas de règles abondantes, le risque est d’autant plus accru. Chez l’homme et les personnes âgées, ces affections sont moins fréquentes. (Source : Rapport de la Haute Autorité de Santé )

N’en déplaisent à celles qui ont l’habitude d’accompagner leur petit-déjeuner ou leur pause déjeuner d’une cérémonie du thé revigorante : l’effet pourrait être contre-productif. «Le moment de consommation joue aussi un rôle déterminant. Boire du matcha pendant ou juste après un repas riche en fer peut en inhiber l’absorption», précise Valérie Espinasse, micronutritionniste à Paris. Un cumul de facteurs qui, sur des personnes prédisposées, pourrait ainsi fragiliser la santé capillaire.


Passer la publicité

Des profils plus à risque

Dans une société où la longévité devient une obsession, certains changements de vie contemporains sont susceptibles d’amplifier ce phénomène. «Il est fréquent que les personnes qui adoptent le matcha s’inscrivent dans une démarche globale de bien-être : alimentation plus végétale, activité physique accrue…», observe l’experte. Or, les régimes végétariens ou flexitariens peuvent parfois manquer de fer héminique, celui d’origine animale, mieux assimilé par l’organisme. «Le matcha peut alors accentuer la baisse d’absorption du fer non héminique, issu des végétaux», confirme le Dr Domergue. Une combinaison de paramètres qui pourrait expliquer certains cas, bien plus complexe que la consommation de matcha seule.

Un allié, à condition de bien l’utiliser

Faut-il pour autant renoncer à son latte vert Instagrammable en sortant de son cours de Pilates ? Pas nécessairement. Chez une personne en bonne santé, sans carence particulière, une consommation modérée (jusqu’à deux tasses par jour, à distance des repas), ne pose aucun problème, assurent les expertes.

«Riche en antioxydants, le matcha reste au contraire prisé pour ses effets bénéfiques sur l’organisme, notamment en matière de gestion du stress et de prévention du vieillissement cellulaire», poursuit le Dr Sophie Domergue, spécialiste en longévité. Par ailleurs, «la vitalité des cheveux dépend aussi de nombreux nutriments autres que le fer : protéines, zinc, acides aminés…», rappelle Valérie Espinasse. En cas de chute de cheveux inhabituelle, un bilan médical auprès d’un médecin reste néanmoins indispensable afin d’identifier une éventuelle carence et d’y remédier de manière adaptée.

Les accros au matcha peuvent enfin souffler… jusqu’au prochain tumulte.