La Fondazione Dries Van Noten ouvre à Venise
Faire dialoguer l’art et l’artisanat dans un palais vénitien du XVe siècle est un projet à la fois audacieux et romantique. Pour Dries Van Noten, il est aujourd’hui bien réel. Le 25 avril, près de deux ans après avoir quitté la marque qui porte son nom, le créateur belge a ouvert les portes de la Fondazione Dries Van Noten. Sa mission ? Célébrer les pratiques artisanales sous toutes leurs formes, de l’art à la mode, en passant par la joaillerie et les objets en métal, en céramique ou en verre. À la veille de l’ouverture, quelques-uns des 65 artistes invités à exposer se prêtent à une séance photo avec AD. L’exposition inaugurale, intitulée « The Only True Protest Is Beauty » (La seule véritable forme de protestation, c’est la beauté) et organisée en collaboration avec Geert Bruloot – le conservateur et entrepreneur de mode qui a lancé les Six d’Anvers – tire son nom d’une citation de l’auteur compositeur et activiste politique américain Phil Ochs.

Dries Van Noten, à Venise, dans le bureau de sa fondation.© Alessandro Timpanaro
3700 mètres carrés sur les rives du Grand Canal
Une effervescence palpable flotte dans l’air, nourrie par ces rencontres inédites et, pour beaucoup, par la découverte des lieux. « Après avoir acheté le palais, nous nous sommes allongés sur le sol de la salle de musique pour observer le plafond et mesurer ce qui nous arrivait », confie Dries Van Noten à propos du Palazzo Pisani Moretta. Il dirige cet édifice gothique vénitien de 3 700 mètres carrés, situé sur les rives du Grand Canal, aux côtés de PatrickVangheluwe, son partenaire de vie et de travail. Leur curiosité a guidé leurs choix de restauration, avec toujours la même volonté : faire dialoguer les œuvres avec la richesse des décors. L’ancienne chapelle accueille désormais les assemblages contemporains du Sacré-Cœur réalisés par l’artiste Ann Carrington à partir de couverts en argent recyclés. Plus loin, une ancienne réserve tapissée de jacquard doré abrite la réinterprétation tissée d’une chaise Empire par la designeuse Wendy Andreu. Pour décorer le grand salon, autrefois dédié à la verrerie, l’atelier local Wave Murano a été invité à concevoir une grande table « sans bois ni métal, afin de questionner les limites mêmes du verre ». D’un geste, le créateur désigne une série de consoles murales du XVIIIe siècle : « C’est ici que nous exposerons le travail de Kaori Kurihara. » L’artiste japonaise installée à Paris, connue pour ses céramiques fantastiques, découvre la nouvelle sur le moment. Devant les sculptures sur bois aux motifs végétaux qui ornent la pièce, elle laisse échapper un petit cri d’émerveillement.