Naître par voie naturelle ou par césarienne n’a pas tout à fait les mêmes conséquences sur l’organisme du bébé. Plusieurs études ont montré que, chez les bébés nés par césarienne, la colonisation microbienne de l’organisme et la formation du microbiote – une étape cruciale pour la santé future du nouveau-né – pouvaient être modifiées.

Or, les études montrent en effet que la survenue d’un certain nombre de maladies dites « non transmissibles » – l’allergie, l’asthme, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ou l’obésité -, est souvent liée à des altérations du microbiote intestinal et à des modifications de la tolérance de la barrière intestinale.

Filles et garçons, des réactions biologiques différentes

On sait par ailleurs que les filles et les garçons ne réagissent pas de la même manière quand surviennent des modifications du microbiote ou de la barrière intestinale. Les études ont par exemple montré que :

l’asthme est plus fréquent chez les filles nées par césarienne que chez celles nées par voie basse (alors qu’aucune différence n’a été observée chez les garçons) ;le risque d’obésité est plus fréquent chez les garçons nés par césarienne que chez les filles nées par césarienne.

Côté cerveau, le risque de troubles neurodéveloppementaux (TDAH, troubles du spectre de l’autisme…) est plus élevé chez les garçons nés par césarienne que chez les filles nées par césarienne, alors que c’est le contraire pour le risque de retard moteur.

Cette étude a mis en lumière l’existence d’un modèle de réseau neuronal profond chez les nourrissons. © underground, Adobe Stock

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Une vulnérabilité accrue à la colite chez les mâles

Pour tenter de comprendre comment le mode d’accouchement et le sexe interagissent au cours de la croissance, et si cette interaction a un effet sur la sensibilité à des maladies intestinales, comme la colite à l’âge adulte, des chercheurs français de l’Inrae ont décidé de mener l’enquête en utilisant un modèle de souris pour suivre l’évolution du microbiote et de la barrière intestinale depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte.

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Publiés dans Gut microbes, leurs résultats montrent que, dans les tout premiers jours, c’est surtout le mode d’accouchement qui a une influence dominante : les souris nées par césarienne présentent une signature immunitaire et microbienne distincte de celles nées par voie naturelle, et ce, quel que soit leur sexe.

Cependant, cette situation évolue avec l’âge et on observe qu’en grandissant, les trajectoires des mâles et des femelles divergent nettement. Ce sont uniquement les souris mâles nées par césarienne qui développent à l’âge adulte une sensibilité accrue à la colite, une maladie qui résulte de l’irritation ou de l’agression de la muqueuse du côlon et qui peut résulter d’un trouble inflammatoire chronique de l’intestin.


La naissance par césarienne entraîne des modifications du microbiote qui pourraient avoir pour conséquence, chez les garçons uniquement, un risque futur majoré de colite. © Martin Valigursky, Adobe Stock

Le rôle clé d’un métabolite microbien et de la barrière intestinale

Leurs expérimentations montrent que cette différence s’accompagne d’un excès précoce et un déficit plus tardif de bactéries intestinales capables de produire du butyrate, un métabolite bactérien bénéfique pour la santé.

Son interaction avec la barrière intestinale est également différente, avec, chez les mâles, une altération de la résistance des cellules de la paroi intestinale, ce qui indique une perméabilité altérée (on parle d’« intestin passoire » ou de leaky gut syndrome). Ainsi, la césarienne « programmerait » des trajectoires microbiennes et immunitaires différentes selon le sexe, avec des conséquences visibles bien plus tard dans la vie.

Pour les chercheurs, ces résultats soulignent l’importance de prendre en compte à la fois le sexe et l’empreinte microbienne précoce pour prévenir les maladies intestinales chez les enfants nés par césarienne.

Le saviez-vous ?

21 % de toutes les naissances à l’échelle mondiale et plus de 40 % des naissances dans certains pays, comme le Brésil, sont faites par césarienne. Les projections suggèrent que d’ici 2030, le taux mondial atteindra près de 30 %. Pourtant, en 1985, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé que les taux de césarienne soient inférieurs à 10–15 %. Pourquoi cet excès ? Il semblerait que ce soit pour des raisons de commodité, personnelle ou médicale.

Prochaine étape : identifier quels probiotiques (souche bactérienne bénéfique) pourraient être utilisés à la naissance chez les bébés nés par césarienne. Les auteurs mèneront leurs expérimentations sur des souris conventionnelles et des souris ayant reçu un microbiote humain.

Ces recherches devraient être élargies à d’autres maladies, comme l’asthme, toujours pour comprendre l’impact du mode d’accouchement et du sexe sur le risque de maladies.