Votre transformation physique est impressionnante depuis Mon petit renne. Que s’est-il passé ?

Richard Gadd : « Je pensais que c’était important pour la série. Ruben (le personnage musclé qu’il joue dans Half Man, NdlR) doit être une sorte d’incarnation de la masculinité, dans un sens un peu stéréotypé. Donc je trouvais juste qu’il devait avoir une présence physique, qu’il domine Niall (son frère interprété par Jamie Bell, NdlR) et que cela apporte un sentiment d’intimidation plus réaliste pour le personnage. En tant qu’acteur, je voulais le ressentir dans mon corps. Je voulais savoir ce que ça fait d’être grand, de savoir que l’on a de la force. Ça me semblait juste, du point de vue du jeu et de l’histoire. »

Quel programme avez-vous dû suivre pour obtenir ce corps ?

J’ai dû travailler très dur pour obtenir ce physique. Je dirais que ça a été un an d’entraînement personnel, avec un nutritionniste, un coach sportif, et un chef en Angleterre qui préparait des repas selon des apports caloriques précis, qu’il envoyait ensuite en Écosse, et je les mangeais à des horaires stricts. C’était un travail 24h/24, 7j/7. C’est drôle parce qu’on m’avait dit que le sport, c’était 80 % d’alimentation. Je me souviens avoir pensé : « Attends, quoi ? » Mais c’est totalement vrai. J’ai suivi ça à la lettre. Et depuis la fin du tournage, sans la pression d’être torse nu à l’écran, mon alimentation s’est un peu relâchée, et je vois déjà la différence.

Je crois en la capacité de l’humanité à évoluer

La série explore avant tout les dysfonctionnements masculins. Avez-vous cherché à transmettre un message en particulier ?

Je dirais que le message est ce que chacun veut y voir. Je ne cherche jamais à imposer un message. Mon petit renne n’avait pas de message en soi. C’est une histoire de personnes perdues dans un monde brisé, et chacun en tire ce dont il a besoin. Je n’ai jamais envie de créer une œuvre qui pointe du doigt le spectateur en disant : « Voilà de quoi ça parle et voilà ce que vous devez comprendre ». Quand une série fait ça, ça se ressent trop à l’écran. Je préfère laisser une certaine opacité pour que chacun y trouve son propre sens.

Est-ce plus facile pour un homme aujourd’hui d’assumer sa vulnérabilité ?

Je pense tout d’abord que la vulnérabilité aide. Ce n’est pas forcément une vulnérabilité précise, mais plutôt une liberté d’expression, la capacité à parler de ce qui nous fait peur. Pour moi, la mesure d’un homme, c’est aussi sa capacité à avoir peur. Beaucoup de répression masculine vient de l’idée qu’ils ne peuvent pas parler de leurs problèmes ou de leurs émotions par peur du jugement. Donc oui, la vulnérabilité et la liberté d’expression sont très importantes.

Je ne sais pas vraiment si c’est plus facile aujourd’hui de l’assumer. Nous vivons une période de transition assez folle, avec beaucoup de tensions, de débats, les réseaux sociaux… Dans certains aspects, les choses se sont améliorées, mais parfois on a l’impression qu’elles régressent. Il est difficile de tirer une tendance claire. Est-ce que les hommes peuvent mieux s’exprimer aujourd’hui ? Honnêtement, je ne sais pas. Mais je crois en la capacité de l’humanité à évoluer, donc j’espère que ça continuera à s’améliorer.

Ambassadeur de l’organisation caritative britannique « We are survivors », dédiée à aider les hommes victimes d’abus sexuels, vous avez reçu récemment au festival Canneseries un prix pour votre engagement. Pensez-vous que les regards évoluent à ce sujet dans la société ?

Ces dix dernières années, il y a eu une meilleure compréhension de ces sujets. Je pense qu’il existe désormais un espace pour que les hommes puissent s’exprimer, ce qui n’était pas forcément le cas avant. Cela reste encore assez rare, mais il y a une partie de la société qui est plus à l’écoute. Personnellement, je ne me sens pas jugé depuis Mon petit renne. Et si certains jugent, ils ne me le disent pas en face. Donc oui, c’est un progrès. Des œuvres comme Mon petit renne ou Half Man participent à cette évolution. Mais encore une fois, il est difficile pour moi d’avoir une vision globale des tendances.

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Quel rapport entretenez-vous avec la Belgique ?

Nous avions un des réalisateurs et un directeur de la photographie belges sur la série, Eshref Reybrouck et Frederic Van Zandycke. Et je suis déjà passé en voiture par la Belgique en allant à Amsterdam. Mais j’ai toujours voulu y aller vraiment. J’ai entendu dire que c’était un endroit incroyable. Je me souviens qu’Eshref parlait toujours d’Anvers avec beaucoup d’affection. Il adorait y vivre, et la façon dont il en parlait donnait vraiment envie. Il faudra que je vienne visiter.

Avez-vous déjà eu la chance de déguster l’une de nos spécialités, comme le chocolat par exemple ?

Oh oui, bien sûr. Le chocolat belge est le meilleur, ça c’est sûr !