Il faut y voir l’un des grands paradoxes de notre époque: malgré leur appellation prometteuse, les réseaux sociaux, avec leur foule d’amis et de connaissances en puissance, leur hyper-connexion planétaire et leur promesse d’intimité, sont les premiers responsables de la hausse du sentiment de solitude chez les jeunes. Pourtant, nous dit l’autrice de Lonely City, si l’on détachait quelques instants notre regard des écrans pour le porter à la fenêtre, on s’apercevrait peut-être que dans la rue, dans le giron des villes, dans l’anonymat des boulevards et des cafés, des inconnus qui nous ressemblent souffrent aussi du manque d’empathie, des préjugés, de la raréfaction des contacts spontanés, de la peur d’être incompris, de ne pas réussir à s’exprimer, à s’intégrer, à s’adapter dans une société qui recrache celles et ceux qui ne la digèrent pas.
A trente-cinq ans, prise au dépourvu par une rupture amoureuse, l’autrice et critique d’art britannique Olivia Laing se retrouve seule, sans logement et sans attaches à Manhattan. Dans cette ville qu’elle connaît mal, entourée de 8 millions de ses semblables mais accablée par son chagrin d’amour et le sentiment de rejet, elle réalise que «la promiscuité physique ne suffit pas à dissiper ce sentiment d’éloignement intérieur. Il est possible – facile, même – de se sentir esseulé et abandonné tout en vivant les uns sur les autres.»