PORTRAIT – L’acteur de 29 ans, césarisé pour Les Illusions perdues, ne craint pas le contrepied et passe d’une adaptation de L’Étranger au biopic le plus rock’n’roll et le plus attendu de 2027. Il mouille déjà la chemise.
Il n’était plus à un monstre près. En décembre dernier, Benjamin Voisin a reçu un coup de téléphone lui proposant de se glisser dans la peau de Johnny Hallyday, après avoir prêté ses traits à des héros de Balzac, Céline et Camus. Il a fallu à l’acteur de 29 ans « quelques jours pour redescendre », ainsi qu’il le confie à Paris Match. Les audacieux sont condamnés à trembler plus que les autres. Le tournage démarre au début du mois de juin.
Le blouson de Johnny Hallyday ne devait pas lui revenir. Impliquée dans ce film biographique destiné à commémorer les dix ans de la disparition de son époux, Laeticia Hallyday souhaitait Raphaël Quenard, visage atypique du cinéma dont elle vantait le « charisme presque animal ». Arguant des contraintes d’agenda, l’acteur a annoncé en janvier se retirer du projet. Alors que le nom de Pierre Lottin circulait également, Benjamin Voisin a hérité du personnage. Et de la pression.
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Travail intensif
« C’est du 8 heures à 22 heures tous les jours », confie à Match celui qui travaille la danse, la guitare et le chant. Il devra donner de la voix dans ce film qui embrasse la carrière de Johnny jusqu’en 1993 – les tables de mixage achèveront de donner du crédit à ses interprétations. Lors de ses précédents tournages, il a appris à émonder pour la série d’Apple TV Carême , à boxer comme un professionnel pour le thriller familial Jouer avec le feu. Dans L’Étranger, le combat n’était pas moins violent, mais tout en intériorité.
« Pour atteindre l’absurdité camusienne, on se plonge dans un drôle d’état, on traverse une sorte de vertige. J’ai pris des risques pour ma santé mentale », assurait dans Le Figaro Benjamin Voisin, à la sortie du film de François Ozon, salué par la critique. Ce fils d’un professeur de théâtre s’investit dans ses rôles, ce dont témoignait son exemplaire de L’Étranger. Il dit avoir croisé « des plus chanceux, des plus talentueux » que lui, mais peu de plus travailleurs. Les concerts de Johnny tournent désormais dans ses oreillettes. « Je comprends son rapport charnel au public », commente le quasi-trentenaire, bravache.
Xavier Giannoli dirait qu’il peut se le permettre. « Il suffit de voir son assurance face à Depardieu. C’est le même métal », s’enthousiasmait le réalisateur qui l’a fait tourner dans Les Illusions perdues (2021). Le rôle de Rubempré a valu au comédien un César du meilleur espoir masculin, après une première nomination à la suite d’Été 85 (2020). Avec un biopic à 45 millions de dollars de budget, le Parisien tient son grand rôle populaire.
Plus Dostoïevski qu’Instagram
« D’une certaine façon, Benjamin s’y prépare depuis des années, cet acharné de travail ne craint pas de prendre sa place », témoigne à son propos son ami Martin Riedler, mannequin et apprenti comédien. Il se souvient de lui tenant la dragée haute à Vincent Lindon sur le tournage de Jouer avec le feu . « J’ai en tête une scène de combat de MMA dans une usine désaffectée, Benjamin envoyait chacune de ses répliques sans dévier au milieu de cent cinquante figurants qui hurlaient. »
Pas fébrile devant ses partenaires chevronnés – Lindon, mais aussi Depardieu ou Deneuve -, Benjamin Voisin traîne sa silhouette désinvolte dans les couloirs du septième art, d’une série en costume à un futur film Netflix sur Quasimodo. Faux-semblant ? « Ce lion cache un gars avec du cœur, une vieille âme », avance Martin Riedler à propos de ce comédien admiratif de Patrick Dewaere, qui préfère Dostoïevski à Instagram (même s’il a fini par céder). Un trait commun avec Johnny Hallyday, qui cachait le gamin sensible derrière la bête de scène.