Elle est passée par l’Espagne pour la sortie de son précédent film, La Femme la plus riche du monde. Puis s’est envolée pour Shanghai, où elle a reçu un Magnolia pour son rôle dans La Cerisaie de Tchekhov, jouée en Chine toute l’année dernière. « C’est comme un molière chinois ! » sourit cette habituée des avions et des récompenses, qui jalonnent depuis cinquante ans son talent d’actrice sans frontières.
Dans quelques jours, Isabelle Huppert partira à Cannes, où elle pourrait remporter un autre trophée lors de la 79e édition du Festival, qui débutera mardi 12 mai au soir. Le lendemain, l’interprète fidèle des plus grands cinéastes – Chabrol, Téchiné, Godard, Ozon, Haneke, Verhoeven… – montera les marches pour défendre un personnage (comme toujours) sur le fil, qu’elle incarne dans le nouveau film du réalisateur iranien Asghar Farhadi : une romancière seule et à l’arrêt qui se met à espionner ses voisins pour retrouver l’inspiration.
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Dans la bibliothèque d’un hôtel chic de la rive gauche à Paris, l’actrice, qui a joué dans près de 140 films et plus de trente pièces de théâtre, parle avec passion de son dernier rôle, de la dernière série espagnole qu’elle aime (Querer), de l’origine de son inspiration, et se qualifie au passage de… « paresseuse ».
LA TRIBUNE DIMANCHE – Vous êtes déjà allée près de trente fois au Festival de Cannes, dont 22 en sélection officielle, comme membre puis présidente du jury et pour vos deux prix d’interprétation… Êtes-vous là-bas comme chez vous ?
ISABELLE HUPPERT – Je n’aurais pas imaginé y être allée si souvent ! Mais là-bas comme chez moi, non ! Cannes est toujours une terre inconnue et c’est le triomphe de la subjectivité : on ne sait jamais ce qu’on va y découvrir, si les gens vont aimer votre travail. C’est ce qui en fait la grandeur et la beauté. Mais j’ai plutôt de bons souvenirs là-bas ! Je suis restée en lien avec des membres de mon jury, comme le metteur en scène coréen Lee Chang-dong ou le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan. C’était passionnant de voir comment chacun peut réagir différemment à un film, en fonction de là où il est et d’où il vient.