Vous avez fait une tournée internationale avec votre père et votre frère Pierre. Est-ce encore une affaire de famille, ou déjà une affaire d’artistes ?
« Les deux. D’abord une affaire d’artistes, parce que nous sommes des musiciens passionnés, réunis autour du répertoire de mon père. Il fallait se demander comment chanter ses chansons, lesquelles choisir, comment les interpréter. Et puis, évidemment, nous sommes de la même famille. C’était un projet artistique, mais aussi une aventure familiale. Une très belle tournée. »
Elle est passée par la Belgique. Y chanter est particulier dans votre parcours ?
« C’est une vraie respiration. Venir en Belgique est toujours un bonheur. Cela nous touche d’être si bien accueillis. La première fois que j’ai fait une salle complète, c’était à Bruxelles, en 2008. On m’a annoncé le « sold out » et c’était une première pour moi… et pas dans mon pays ! Ça restera gravé à jamais. »
Y avez-vous connu un moment anodin devenu un souvenir fort ?
« Je pense à un petit concert en haut du Cinquantenaire. L’événement était privé, mais j’avais ma guitare près de moi et j’ai improvisé. Une autre fois, je travaillais aux studios ICP. J’ai appelé mon ami Antoine Chance (NDLR : le fils de Philippe Geluck) pour qu’il vienne jouer avec moi et, finalement, on a écrit une chanson, « Les Montagnes de Corée », qui est devenue importante dans mon répertoire. »
Vous êtes marqué par l’absence d’ego et l’autodérision…
« Mon père a toujours eu ce décalage, cette manière de répondre à côté, d’apporter de la fantaisie. Même quand il aborde des choses sérieuses et profondes, ça reste léger. Il aime rire et nous aussi. »

Son dernier succès en date. ©D.R.
Comment voyez-vous les artistes belges ?
« La France regarde beaucoup vers la Belgique : Angèle, Stromae ou Damso sont des figures majeures aujourd’hui. J’aime aussi beaucoup les comédiens François Damiens et Benoît Poelvoorde. Ils ne prennent rien au sérieux, tout en faisant les choses très sérieusement. »
À vos débuts, avez-vous cherché à fuir l’ombre paternelle ou, au contraire, à l’assumer pleinement ?
« J’ai cherché à la fuir. Ce n’est pas par honte, bien au contraire : j’assume complètement et je suis même fier d’être le fils d’Alain Souchon. Mais lorsque j’ai présenté mon projet, Ours, j’ai frappé aux portes des maisons de disques dans l’anonymat. Des intermédiaires ont fait écouter mon travail sans photo, sans mention de mon nom de famille. Rien n’indiquait que j’étais le fils d’Alain Souchon. J’ai également participé à un concours de chanson française. Je me suis inscrit sous le pseudonyme « Ours », et personne ne savait rien. Et j’ai gagné ce concours. Ça change tout de savoir que c’est votre travail, et seulement votre travail, qui est jugé ! Il n’y avait aucune information susceptible d’influencer l’écoute, ni en bien ni en mal. J’ai fait la même chose avec les maisons de disques. »
Cela a dû s’avérer complexe, non ?
« J’ai demandé à ce que le disque soit envoyé aux radios sans aucune mention de mon père. Ils ont joué le jeu, tout en me prévenant que ça ne durerait pas longtemps. Après écoute, ils ont aimé. Et c’est seulement à ce moment-là qu’ils ont appris que j’étais le fils d’Alain Souchon. Au moins, j’ai eu un retour sincère. C’est pour ça que j’avais envie de jouer à cache-cache. »
Que vous a transmis votre père que vous ne trouverez dans aucun manuel de musique ?
« Ce décalage dont on parlait. Cette manière de ne pas se prendre au sérieux, cette fantaisie qui circule. Il ne m’a jamais expliqué comment écrire une chanson. Il ne m’a jamais donné de méthode. Mais j’ai compris qu’il fallait creuser son propre univers. Même avec des erreurs, des accidents, il n’y a rien de plus beau que sa propre histoire. Il faut savoir assumer ses failles. »
Dans votre album « Mitsouko », vous évoquez le passage du temps.
« Vieillir apprend beaucoup de choses. Et puis, je suis père. Mon fils a 6 ans, il m’apporte énormément de fraîcheur et de fantaisie. Il est passionné de football, alors je m’y suis remis. Je vais au stade, ce que je ne faisais pas avant. Je l’éduque… Mais parfois, c’est lui qui m’éduque aussi ! Il m’apporte une nouvelle énergie, une rigueur différente, et beaucoup de joie. »
Charles Souchon reviendra en Belgique le 14 octobre au Cirque royal, à Bruxelles, et le 15 à La Nef, à Namur.