LA TRIBUNE DIMANCHE – Comment vivez-vous la sortie du film L’Abandon ? Qu’en attendez-vous ?
MICKAËLLE PATY – La plupart des gens connaissent de Samuel sa photo en posture de professeur. Et autrement, dans une version plus difficile, la tête décapitée sur le trottoir. Certains jeunes avaient reçu cette photo sur leur téléphone. Beaucoup n’ont pas perçu que c’était un événement réel. Le film permet de redonner corps à Samuel, une matière, de la vie. Je voudrais qu’il soit diffusé dans les établissements scolaires, que l’Éducation nationale le mette dans ses programmes. Ce support peut permettre d’entraîner un débat, d’éveiller l’esprit critique et d’éviter qu’un tel événement puisse se reproduire. Les enseignants manquent d’outils pour parler de ce qui est arrivé à Samuel.
De quelle manière avez-vous collaboré au film ?
Les producteurs sont venus me chercher rapidement. Tout de suite, ils ont compris que je maîtrisais l’intégralité du dossier. Ils avaient besoin de cette expertise. J’ai fait un travail de vigie sur le scénario pour ne pas trahir les faits, pour ne pas trahir Samuel.
Vos parents, eux, se sont tenus en retrait.
C’est une autre génération, tous les deux étaient également enseignants. L’école comme ils l’ont connue n’existe plus et c’est presque une double peine pour eux. Ma mère ne voudrait pas être enseignante à l’heure actuelle. Aujourd’hui, la moindre punition est systématiquement remise en question par les parents. Il y a une montée très importante du communautarisme, on vit les uns à côté des autres. Nous, on a une volonté nationale, c’est de faire un, comme dans la chanson One de U2 qui sera diffusée pour la montée des marches à Cannes.