Opinion
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Allô maman, c’est fini le boulot?
Même une sportive de haut niveau qui annonce son retour est confrontée à cette réalité: les gens attendent qu’elle se retire.
Éditorial Publié aujourd’hui à 07h59
Une question qui en dit long sur la perception des athlètes devenues mamans a été posée à Mujinga Kambundji. Avoir des enfants change les priorités, alors a-t-elle pensé à arrêter sa carrière? L’interrogation paraît anodine. Légitime aussi, puisqu’il y a effectivement des femmes qui arrêtent le sport de haut niveau en devenant mères. Les hommes, eux, font moins l’objet de ces débats. Quelqu’un a-t-il demandé à Yann Sommer, au moment où il quittait le rassemblement de la Nati pour voir son enfant à naître, s’il comptait ranger ses gants au placard?
Devenir maman, en 2026, comporte un risque professionnel. Rajoutez-y l’allaitement, que recommande chaudement l’OMS, et la sentence devient encore plus rude. Fatigue, nuits écourtées et stress entrent joyeusement dans la danse. Il faut trouver sa formule, car il n’y en a pas de magique. Ni de scientifique. La Bernoise de 33 ans comme beaucoup d’autres s’est heurtée au no woman’s land de la science. Elle a dû naviguer malgré le manque d’études sur ce qu’il était possible de faire ou non pendant la grossesse, l’accouchement et le post-partum. Un des grands classiques de ces périodes se traduit par «dans le doute, ne faites rien». Et si malgré tout, vous enfilez votre short, votre plus large t-shirt de sport et partez courir, attendez-vous à être sévèrement jugée.
Il faut être clair: les plus grandes contraintes liées à la maternité ne sont pas biologiques, elles sont sociétales. Le retour au travail d’une banquière, d’une ébéniste ou d’une sprinteuse est moins péjoré par les réveils nocturnes et les cinq repas par jour que par ce que la société propose. Le manque criant de littérature scientifique ou encore les injonctions constantes sur ce que représente une bonne mère font que l’idée de plaquer son ancienne identité paraît séduisante.
C’est dommage. Parce que même si revenir à sa vie d’avant est impossible, les femmes n’ont aucune raison valable de s’abandonner autant. Mujinga Kambundji, très bien entourée, a toujours voulu retrouver la piste. D’autres voudront rester à la maison. Aucun problème, pour peu qu’il s’agisse d’un choix et non d’une fatalité.