2h20. Il fallait au moins cela pour raconter la vie tumultueuse de Renaud Séchan, qui a fêté l’an dernier ses 50 ans de carrière. Dans le documentaire Renaud, à coeur perdu, diffusé ce mardi 12 mai sur France 2 (*), les fans auront l’occasion de découvrir un autre visage de leur chanteur préféré, avec une floppée de vidéos d’archives inédites et des témoignages de son entourage.

Sans filtre, le film, co-écrit par sa fille Lolita et le réalisateur Trancrède Ramonet, n’hésite pas à aborder les zones d’ombre de la personnalité de l’interprète de Mistral gagnant. On connaissait ses problèmes avec l’alcool, moins ses délires paranoïaques. Délires qui puiseraient leurs racines après un concert organisé à Moscou, en 1985. Alors que Renaud se produisait devant une dizaine de milliers de personnes, un fait surprenant va tout faire basculer.

« Ils me prennent pour un con, franchement »

Au moment d’interpréter la chanson Déserteur, une grande partie de la foule va subitement quitter le concert. L’événement avait pris du retard et il fallait ramener le public russe en car vers le centre-ville, expliqueront les autorités. Pour le chanteur, la raison était tout autre : dans les coulisses, il estimera avoir été victime d’un coup monté : « Tout était prévu, organisé, cadré, pensé, affirmait-il […] Et ils penseraient que je ne verrais rien ? Ils me prennent pour un con, franchement. »

« Derrière ça, est arrivée la première crise de parano que j’aie vue », témoigne dans le documentaire son guitarise Mourad Malki. « On est remonté dans le bus, il avait des santiags et il se baisse comme s’il laissait ses santiags. Dans le bus, on était tous les deux debout côte à côte et je le vois se baisser d’un seul coup. Et là, il me regarde, me tire et me dit : “Baisse-toi, il y a un half-track [un char, NDLR] qui passe et il va nous mitrailler”. Si un véhicule militaire et sa mitrailleuse étaient bien présents, aucune rafale n’a eu lieu. « Tu vois, il ne s’est rien passé », lui a rétorque Mourad Malki. « Ouf, ça sera pour plus tard », a alors répondu le chanteur.

Cuba, un séjour en enfer

Des années plus tard, en 1997, Renaud est parti en voyage à Cuba. Il faut dire qu’il est fan du “Che”, figure incontournable de la révolution en Amérique latine, qu’il s’est d’ailleurs fait tatouer. Ce périple « était génial… la première semaine, raconte son guitariste. Il a eu une crise de parano terrible. » Crise qui l’a poussé à croire que les services secrets cubains cherchaient à l’éliminer. « Il était enfermé dans sa chambre et ne voulait plus en sortir », explique Dominique Quilichini, son épouse de l’époque. « Quand j’arrivais, il y avait un code de frappage de porte qui changeait », se souvient de son côté Mourad Malki, qui s’est retrouvé parfois obligé de goûter la nourriture achetée à l’extérieur pour Renaud avant que celui-ci consente à manger. Il voulait d’abord s’assurer qu’elle n’était pas empoisonnée. 

Finalement, son ex-épouse l’a convaincu de rentrer en France, non sans qu’il n’a d’abord pensé que l’avion du retour allait exploser. Mais ses obsessions ont persisté. « Il a commencé à suspecter qu’on allait certainement organiser un attentat contre lui, etc. Je n’avais plus le droit de sortir faire les courses parce qu’il pensait que j’allais être tuée en cours de route ou kidnappée », poursuit Dominique Quilichini, admettant avoir vécu à cette époque « un cauchemar ». La situation ne s’améliorant pas – Renaud pensait notamment que toutes les voitures immatriculées dans le 91 appartenaient aux Cubains -, il a décidé de consulter des médecins qui lui apprendront qu’il souffrait de la maladie « des délires paranoïaques en secteur ». Refusant toute prise en charge, il a alors sombré dans cette addiction largement médiatisée : l’alcool. « C’était son médicament […] pour tuer ses démons », soutient son ex-femme.