Victime d’une agression, Michèle témoigne de son expérience de la justice restaurative. Une démarche encore rare en Suisse, mais qui est jugée très réparatrice par cette femme âgée aujourd’hui de 56 ans.
En novembre 2017, Michèle est braquée dans sa voiture par deux individus sur le parking de l’hôpital dans lequel elle travaillait en tant qu’infirmière. Profondément choquée, elle se réfugie auprès de ses collègues. La police arrête quelques jours plus tard ses deux agresseurs, dont l’un est encore mineur.
Un dialogue entre victime et agresseur
La juge des mineurs propose alors à Michèle une alternative à la justice pénale pour son jeune agresseur: une médiation restaurative. Cette démarche, encore peu répandue en Suisse, vise à établir un dialogue entre la victime et l’auteur de l’infraction pour favoriser une réparation.
J’ai aussi pensé aux parents de ce jeune qui avait l’âge de mes propres enfants
Michèle
Michèle accepte. « Je me suis dit que cette expérience pourrait servir à quelque chose, surtout que ce jeune n’avait pas d’antécédents ».
>> Ecouter le podcast : Michèle, choisir de rencontrer son agresseur / Nous autres / 17 min. / hier à 00:01
Accompagnée d’un médiateur, Michèle peut alors exprimer ses besoins et réfléchir aux impacts de l’agression sur sa vie personnelle et professionnelle. Elle demande une réparation financière et des excuses du jeune envers ses collègues. Elle propose également une démarche symbolique: que le jeune économise 100 francs par mois durant sa formation, somme qui serait utilisée pour une bonne cause s’il terminait son apprentissage. Finalement, le jeune décide de reverser cet argent à des associations. « C’est l’argent du crime, je n’en veux pas », lui dit-elle.
Une justice qui redonne du pouvoir aux victimes
Michèle a également assisté au procès de son deuxième agresseur qui a dû suivre, lui, la voie pénale habituelle. « Au tribunal, on est spectateur, on ne tient pas les cartes en main. Avec la médiation, on devient acteur et on peut exprimer ce qu’on ressent. Cela permet de ne pas rester dans l’impuissance », conclut-elle.
Pierre Bavaud