Plus que jamais les festivals de cinéma cherchent à exister bien au-delà de leur programmation, le Neuchâtel International Fantastic Film Festival – NIFF– pousse encore plus loin la logique de marque culturelle. Pour sa 25e édition, prévue du 3 au 11 juillet 2026, IL dévoile un trailer qui ne fonctionne pas comme un simple outil promotionnel, mais comme une extension scénarisée de son identité graphique.

Une affiche pensée comme point de départ du récit
Le dispositif imaginé par le réalisateur Raphaël Piguet et le graphiste-motion designer Théophile Glauser repose sur une inversion du processus créatif habituel : ici, l’affiche a précédé le récit. Le film promotionnel a été construit à partir d’une maquette graphique déjà pensée comme un univers narratif cohérent. Cette approche traduit une évolution plus large des stratégies culturelles contemporaines : l’identité visuelle n’est plus un habillage mais un langage éditorial à part entière.

Le trailer met en scène une esthétique hybride, entre références hitchcockiennes, imaginaire japonais et codes du cinéma de genre. Dans un tram historique longeant le lac de Neuchâtel, une femme découvre un gâteau d’anniversaire représentant son propre visage avant de souffler ses bougies armée d’un katana. L’ensemble assume une forte stylisation, nourrie de références à Saul Bass, à Kill Bill ou encore aux génériques classiques du thriller

Au-delà de l’objet créatif, cette démarche illustre la manière dont les festivals cherchent aujourd’hui à construire des univers immédiatement reconnaissables et déclinables sur plusieurs supports : affiche, motion design, bande-annonce, réseaux sociaux, signalétique ou merchandising. Le cinéma de genre, historiquement très codifié visuellement, devient ici un terrain favorable à la consolidation d’une véritable “signature de marque”.

Cette logique rejoint des tendances observées dans de nombreux événements internationaux. Les grands festivals culturels ne se limitent plus à programmer des œuvres ; ils développent des systèmes esthétiques capables d’alimenter leur visibilité tout au long de l’année. Dans un environnement saturé de contenus, la cohérence visuelle devient un levier de différenciation aussi stratégique que la programmation elle-même.

Un ancrage local au service d’une ambition internationale
Le choix du tournage dans un tram ancien du Musée du Tram de Boudry ajoute également une dimension territoriale intéressante. Le NIFFF mobilise des ressources locales – patrimoine roulant, artisans régionaux, talents créatifs neuchâtelois – pour produire une image capable de circuler à l’international. Cette articulation entre ancrage local et ambition globale correspond à une dynamique croissante dans l’économie culturelle suisse : valoriser des écosystèmes régionaux tout en parlant les codes visuels mondialisés des industries créatives.

Le projet met aussi en lumière l’évolution des métiers de la création visuelle. La frontière entre graphisme, cinéma, animation et branding devient de plus en plus poreuse. Théophile Glauser évoque d’ailleurs une conception simultanée du film et de l’identité graphique, où la typographie agit comme une « actrice narrative ». Cette hybridation des compétences reflète les attentes actuelles du marché : les institutions culturelles recherchent désormais des dispositifs transmedia cohérents plutôt que des supports isolés.