Des études récentes montrent que les nouvelles éoliennes tuent entre deux à quatre fois moins de chauves-souris que les installations datant d’avant les années 2010. Cependant, le danger potentiel varie aussi d’une éolienne à l’autre en fonction de son emplacement.

Les noctules communes sont les chauves-souris les plus grandes et les plus courantes de Suisse. Le chercheur Edward Hurme, de l’Institut Max Planck du comportement animal de l’Université de Constance, les équipe d’émetteurs. Grâce à ce dispositif, il a démontré que les femelles enceintes migrent vers le nord de l’Allemagne, la Pologne, la République tchèque, voire au-delà.

Seules les femelles migrent vers le nord-est en avril, lorsqu'elles sont enceintes, afin de donner naissance à leurs petits. [SRF - Christian von Burg] Seules les femelles migrent vers le nord-est en avril, lorsqu’elles sont enceintes, afin de donner naissance à leurs petits. [SRF – Christian von Burg]

En été et au début de l’automne, les femelles reviennent avec les jeunes. Lors de ces longs voyages de retour vers la Suisse, de nombreuses chauves-souris périssent. Certaines sont notamment tuées par les éoliennes allemandes. « Chaque année, au moins dix chauves-souris meurent par éolienne en Allemagne », alerte Edward Hurme, « soit plus que les oiseaux ».

Rien qu'en Allemagne, environ 83'000 noctules communes meurent chaque année dans les éoliennes existantes. [Christian Voigt] Rien qu’en Allemagne, environ 83’000 noctules communes et petites noctules meurent chaque année dans les éoliennes existantes. [Christian Voigt]

Les espèces migratrices au long cours, comme la noctule commune, sont plus durement touchées. La population de cette dernière est d’ailleurs en déclin. Une diminution qui contraste avec la plupart des autres espèces de chauves-souris en Suisse, dont les effectifs sont de nouveau en augmentation après avoir atteint un niveau historiquement bas dans les années 1970.

En Suisse, les exploitants d’éoliennes contestent

Les exploitants de parcs éoliens suisses se basent sur des chiffres de mortalité bien différents de ceux sur les éoliennes allemandes avancés par Edward Hurme.

D’après une étude récente, on a retrouvé quatre chauves-souris mortes au pied d’une éolienne sur une année dans le nouveau parc de Sainte-Croix, dans le Jura vaudois, défend Olivier Waldvogel, de Suisse Eole, l’association suisse pour la promotion de l’énergie éolienne.

Une vue aérienne montre des éoliennes du parc de Sainte-Croix, 1er parc éolien vaudois, peu avant l'inauguration officielle de l'infrastructure, le mardi 10 octobre 2023. [KEYSTONE - VALENTIN FLAURAUD] Une vue aérienne montre des éoliennes du parc de Sainte-Croix, 1er parc éolien vaudois, peu avant l’inauguration officielle de l’infrastructure, le mardi 10 octobre 2023. [KEYSTONE – VALENTIN FLAURAUD]

« Le rapport de suivi détermine par extrapolation d’études statistiques que le nombre global de victimes pour l’ensemble du parc se situerait autour de 3 à 5 individus (chauves-souris et oiseaux confondus) par éolienne et par année », explique le site de Suisse Eole.

Ce chiffre est deux à trois fois inférieur au taux de mortalité des éoliennes allemandes, ainsi qu’au seuil de dix oiseaux par éolienne et par an fixé en Suisse. Alors, qui a raison entre les chercheurs spécialistes des chauves-souris et les exploitants de parcs éoliens?

Les éoliennes allemandes nettement plus dangereuses

Christian Voigt dirige le département d’écologie évolutive de l’Institut Leibniz de recherche sur les zoos et la faune sauvage à Berlin. L’Allemagne possédant un parc éolien nettement supérieur à celui de la Suisse, les études sur le sujet y sont plus nombreuses et de meilleure qualité.

« Grâce aux nouvelles éoliennes construites à partir de 2010, le taux de mortalités des chauves-souris a chuté à une moyenne de moins de deux par an par éolienne », avance-t-il.

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Cette évolution s’explique principalement par la réglementation en vigueur. En clair, dès qu’un grand nombre de chauves-souris ou d’oiseaux sont présents aux alentours, les éoliennes les plus récentes en Allemagne doivent être arrêtées.

Sauf que 70% des éoliennes allemandes ont été mises en service avant 2010. Elles ne sont donc pas soumises à cette réglementation. Par conséquent, selon les projections de Christian Voigt, environ 72’000 noctules communes et 11’000 petites noctules meurent encore chaque année au pied de ces éoliennes, rien qu’en Allemagne.

Des installations avec aucune victime seraient possibles

Des systèmes anticollision existent. Des caméras, par exemple, capables de détecter les grands oiseaux s’approchant de loin. Cela permet d’arrêter les éoliennes à temps. Cependant, les caméras ne détectent pas les petits oiseaux et les chauves-souris.

Un système plus sophistiqué est en service au col du Saint-Gothard. Il s’agit d’un système radar capable de détecter même les petits oiseaux migrateurs. Le parc éolien est désactivé en fonction de l’intensité de la migration.

Vue d'une maquette exposée au point d'information accessible au public sur le chantier du parc éolien du Gothard, le vendredi 3 juillet 2020, au col du Gothard. [KEYSTONE - ALESSANDRO CRINARI] Vue d’une maquette exposée au point d’information accessible au public sur le chantier du parc éolien du Gothard, le vendredi 3 juillet 2020, au col du Gothard. [KEYSTONE – ALESSANDRO CRINARI]

Mais selon Olivier Waldvogel de Suisse Eole, il ne serait pas rentable d’installer des systèmes aussi complexes pour toutes les éoliennes. Pour lui, un tel dispositif ne fait sens que là où le risque de collision pour les espèces menacées est plus élevé.

De son côté, Christian Voigt appelle à « une plus grande coopération de la part des exploitants d’éoliennes ». Il estime que « nous disposons de suffisamment de connaissances pour construire des installations où plus aucune chauve-souris n’est tuée ».

L’emplacement des éoliennes est aussi une considération centrale. Si elles sont mal situées, par exemple le long d’une voie de migration, le nombre de victimes peut être très élevé, jusqu’à 70 chauves-souris tuées par éolienne en seulement deux mois.

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Sujet original: Christian von Burg (SRF)

Adaptation française: Julien Furrer (RTS)