À la suite d’un rapport accablant sur l’Hôpital universitaire de Zurich, l’Hôpital de l’Île à Berne a ouvert une enquête sur l’impact de l’utilisation d’implants cardiaques, a révélé la presse dominicale. Mardi, un rapport évoquait une surmortalité liée, entre autres, à l’utilisation du dispositif médical Cardioband à Zurich.

Le dispositif controversé Cardioband n’a pas été utilisé uniquement dans le service de chirurgie cardiaque de l’Hôpital universitaire de Zurich (USZ), selon la NZZ am Sonntag. À l’Hôpital de l’Île à Berne, il a été implanté à 36 reprises, presque aussi souvent qu’à Zurich.

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Un dispositif utilisé à Berne, Lucerne ou Lugano

L’établissement bernois veut également faire toute la lumière sur cette affaire. Il a ouvert une enquête interne. Pour l’heure, aucun décès suspect n’aurait toutefois été constaté. Concernant d’éventuelles complications, l’hôpital n’a pas souhaité faire de commentaire, selon le journal.

À Lucerne, le dispositif a encore été utilisé à deux reprises alors que des rapports critiques existaient déjà depuis longtemps. L’hôpital a indiqué qu’aucune complication n’était connue.

Enfin, au Centro Cardiologico Ticino à Lugano, le Cardioband figure toujours parmi les méthodes de traitement proposées, toujours selon la NZZ am Sonntag. Le centre cardiologique tessinois ainsi que l’hôpital de Milan, où travaille l’ancien chirurgien cardiaque de l’USZ Francesco Maisano, n’ont pas répondu aux sollicitations du journal.

Plus de transparence en matière de dispositifs médicaux

Selon l’enquête indépendante publiée mardi, une septantaine de décès auraient sans doute pu être évités à l’Hôpital universitaire de Zurich entre 2016 et 2020. Le rapport pointe de graves lacunes managériales du chef de service de l’époque, Franscesco Maisano.

Cette affaire relance la question des liens entre les médecins et l’industrie médicale. Le Cardioband, qui serait lié à plusieurs décès suspects, a été co-développé par le professeur italien. Celui-ci avait tiré profit de la pose de ces implants, car il détenait des participations dans les sociétés qui les produisaient.

Des liens entre médecins et industrie sont fréquents pour l’innovation et la recherche notamment. Mais selon Baptiste Hurni, vice-président de l’Organisation suisse des patients, il faut des garde-fous. Le parlementaire socialiste neuchâtelois plaide au moins pour un registre public des intérêts des médecins, voire des règles d’interdiction des conflits d’intérêts.

Sur mandat du Parlement, le Conseil fédéral vient justement de mettre en consultation une modification législative visant à étendre aux dispositifs médicaux le principe d’intégrité, qui s’applique pour l’instant uniquement aux médicaments soumis à ordonnance. « La remise et l’utilisation de dispositifs médicaux doivent être exemptes de toute incitation financière et se fonder uniquement sur des critères médicaux », écrit le gouvernement.

>> Revoir aussi l’interview du chirurgien René Prêtre dans le 19h30 : Une expertise médicale qui accable un service de chirurgie cardiaque Une expertise médicale qui accable un service de chirurgie cardiaque / 19h30 / 3 min. / mardi à 19:30

Juliette May/dk avec les agences