Opinion
–
Quand allons-nous tirer les leçons de notre dépendance au pétrole?
Le conflit dans le détroit d’Ormuz souligne, une nouvelle fois, notre peine à nous libérer progressivement de l’emprise pétrolière.
L’invité
Dr Éric Davalle- Directeur ExMDI
Publié aujourd’hui à 06h45
Déjà en octobre 1973, soit il y a plus de cinquante ans, la guerre du Kippour entre Égyptiens, Syriens et Israéliens avait provoqué un chaos économique dans la foulée des Trente Glorieuses. Le prix du baril de pétrole s’était envolé de 3 à 12 dollars. Avec ce blocage iranien du détroit d’Ormuz, le prix du baril à plus de 100 dollars a été dépassé. Les grincheux diront que les chiffres ne sont pas comparables, effectivement. Si l’on tient compte de l’inflation cumulée de plus de 640% sur cette longue période, les 12 dollars de 1973 vaudraient aujourd’hui environ 89 dollars. On peut donc affirmer que la situation d’aujourd’hui, si elle perdure, est comparable à celle de 1973, source de bien des déconvenues économiques, sociales et environnementales.
Concernant le transport et le chauffage, la Suisse importe 100% de combustibles fossiles, soit environ 59% de sa consommation globale énergétique. Les pays voisins, comme la France avec 60% de dépendance énergétique au gaz et au pétrole, sont tout aussi prisonniers des produits carbonés. Ce n’est donc pas un mal helvétique. Mais alors, pourquoi durant ces cinquante dernières années n’avons-nous pas su nous libérer progressivement de l’emprise pétrolière? Depuis la fin du XIXe siècle, l’usage massif des produits carbonés a conduit à la construction d’infrastructures industrielles énormes et inéluctables pour le fonctionnement économique. À cause des coûts à engager, une transition vers plus d’énergies décarbonées n’est pas simple. Au fil du temps, le pétrole est devenu une donnée incontournable du modèle économique actuel, avec un prix de l’énergie bas. Si dès le début de la consommation pétrolière nous avions imaginé les conséquences d’un tel usage sur nos excès et la concentration de gaz à effet de serre atmosphérique, la situation d’otage du pétrole serait moins critique. Cela n’a pas été le cas.
La tête dans le sac
Durant toutes ces années, nous avons gardé la tête dans le sac. Nous connaissions les conséquences en cas de difficultés externes ou géopolitiques, mais la résistance politique et économique a toujours pris le dessus. Que se passerait-il si le prix du baril devait durablement passer la barre des 120 dollars? Les économistes situent un prix du baril à 80 dollars pour une situation équilibrée et acceptable par les milieux économiques. Avec les soubresauts géopolitiques actuels, on a donc franchi la zone d’alerte des 100 dollars, avant d’entrer dans la zone critique des 120 dollars. La question est: pour combien de temps?
Beaucoup de personnes bien-pensantes l’ont déjà largement écrit ou dit: il faut adapter au plus vite notre modèle économique. Le levier le plus puissant est de réduire ou d’envisager nos usages différemment: moins de produits carbonés vers le renouvelable, moins d’emballages et d’objets jetables, plus réutiliser et mieux recycler. Pour réduire notre dépendance, il est essentiel d’innover et donc de poursuivre les investissements dans la recherche vers des produits durables et non polluants. Il faut être réaliste, on ne peut pas d’un simple revers de la main se passer du pétrole. En revanche, il est de plus en plus urgent de changer nos comportements et que ces derniers soient soutenus et accompagnés politiquement pour en démultiplier les effets, sans pétrole.
Sur ce thème