Faut-il faciliter l’accès à la pilule d’urgence, ou pilule du lendemain, en supprimant l’entretien obligatoire avant qu’elle soit délivrée? Le Parlement débat d’une motion en ce sens. Si ses partisans invoquent un accès plus rapide à la contraception d’urgence, certains professionnels rappellent l’utilité de cet échange.

Aujourd’hui, obtenir une pilule d’urgence en pharmacie implique un entretien obligatoire. Un cadre pensé pour garantir un usage sûr du médicament, mais qui peut aussi être vécu comme intrusif.

« Ce sont des choses qu’on entend », rapporte Angélick Schweizer, responsable du Centre de santé sexuelle de Neuchâtel. Certaines femmes disent avoir été jugées en pharmacie. « On leur a fait la morale », raconte-t-elle.

Une étude menée par Unisanté avait également attesté que l’entretien pouvait parfois ressembler davantage à un interrogatoire avec un effet culpabilisant.

La motion discutée à Berne veut ainsi supprimer cette obligation au nom de l’autodétermination. Déjà acceptée par le Conseil national, elle doit encore passer la rampe du Conseil des Etats.

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Un accès plus rapide, mais sans fermer la porte au dialogue

L’argument principal: en matière de contraception d’urgence, le temps compte. Plus la pilule est prise tôt – idéalement dans les 24 heures – plus elle est efficace.

Angélick Schweizer se dit favorable à un assouplissement, mais pas à la disparition complète de l’échange. « Cela va permettre aux femmes un accès plus facile, plus rapide. Et c’est ça qui est important. » Mais selon elle, l’entretien peut aussi ouvrir des discussions essentielles sur la santé sexuelle. « C’est une porte d’entrée pour parler de contraception, d’IST, mais aussi de sexualité. »

Depuis deux ans, le centre neuchâtelois pose systématiquement la question du consentement. « On assiste à une explosion » de témoignages, explique la spécialiste, évoquant des femmes qui révèlent des violences sexuelles, des douleurs pendant les rapports ou des situations de stealthing, lorsque le préservatif est retiré à l’insu de la partenaire.

>> L’interview d’Angélick Schweizer dans La Matinale : Le Conseil national veut faciliter l’accès aux contraceptifs d’urgence: interview d’Angélick Schweizer / La Matinale / 60 sec. / aujourd’hui à 06:24 Les pharmaciens défendent un cadre rassurant

Du côté des pharmaciens, l’entretien n’est pas perçu comme un obstacle, mais comme une mesure d’accompagnement. « On va discuter avec la patiente des effets du médicament, des contre-indications », souligne Martine Rüggli, présidente de PharmaSuisse.

Elle s’appuie sur un sondage réalisé à Bâle dans lequel 91% des femmes interrogées jugeaient cette consultation normale, utile ou rassurante.

Le débat oppose ainsi deux logiques: faciliter un accès rapide à la contraception d’urgence, tout en conservant un espace d’information et de prévention. Une voie médiane semble émerger: rendre l’entretien facultatif plutôt qu’obligatoire.

>> Ecouter l’émission d’On en parle sur l’accès à la pilule contraceptive : Pilule du lendemain: accès très règlementé / On en parle / 8 min. / le 15 avril 2026

Sujet radio: Alexandra Richard

Adaptation web: Raphaël Dubois