En Suisse, les personnes en recherche d’emploi embellissent souvent leurs candidatures, montre une étude. Pour Anne Donou, spécialiste en ressources humaines, ce comportement répond à des exigences parfois irréalistes et biaisées des employeurs.
Le phénomène serait très répandu en Suisse: selon une étude d’Aequivalent, une société de vente de services de vérification d’antécédents pour le recrutement qui a examiné 4640 candidatures l’an dernier, près de 9 CV sur 10 contiennent des « embellissements » et seuls 5% des dossiers sont entièrement conformes.
La pratique consiste par exemple à ajouter des mots clé qui ne répondent pas totalement à l’expérience du candidat ou de la candidate, afin de correspondre à une annonce et de faire en sorte que le CV soit sélectionné.
Ce constat n’étonne pas Anne Donou, directrice romande du groupe Alixio Suisse et spécialiste en ressources humaines. « Ce n’est pas un phénomène nouveau, cela a toujours existé. Le CV est un outil marketing dont le premier objectif est d’obtenir un entretien. Et comme tout outil marketing, il est là pour [se] mettre en avant de façon stratégique », relève-t-elle dans l’émission Forum de la RTS.
>> L’interview d’Anne Donou dans Forum :
Près de 9 CV sur 10 sont « embellis » selon une étude: interview d’Anne Donou (vidéo) / Forum / 5 min. / hier à 18:00 Adaptation des deux côtés
La directrice rappelle que, de leur côté, les employeurs cherchent aussi « des moutons à cinq pattes: des candidats jeunes, avec quinze ans d’expérience, experts dans leur domaine et qui maîtrisent parfaitement cinq langues étrangères », caricature-t-elle. « Il y a finalement un ajustement de part et d’autre. »
Pour Anne Donou, le risque résiderait plutôt dans le fait de donner de fausses informations dans son CV et de ne pas être en mesure de les défendre en entretien. « Plus on est juste dès le départ, plus on se donne des chances d’avancer dans le processus », estime-t-elle, ajoutant qu' »il y a une différence entre embellir et mentir ».
Sélection souvent biaisée
La spécialiste souligne par ailleurs qu’il existe des populations et des groupes plus enclins à embellir leur CV. C’est le cas notamment des plus de 55 ans, des expatriés qui veulent revenir travailler en Suisse, des jeunes et des personnes au bénéfice de l’assurance invalidité qui peuvent tout de même travailler.
« Quand vos chances sont inférieures par rapport à la moyenne du marché, vous allez essayer de les optimiser. C’est une défense naturelle par rapport à une sélection très souvent basée sur des biais et des stéréotypes », note Anne Donou.
Propos recueillis par Mehmet Gultas et Thibaut Schaller/iar