Après plus de 30 ans de carrière, l’emblématique entraîneur jurassien Randoald Dessarzin a décidé de dire stop. De l’épopée « conte de fées » de Boncourt à la 1re division en France, en passant par un Championnat du monde avec la Côte d’Ivoire, « Rando » revient sur son histoire faite de triomphes inattendus, d’épreuves complexes et, toujours, d’une incroyable aventure humaine.

Âgé de 61 ans, Randoald Dessarzin tire la prise du coaching. Alors, au moment d’évoquer quelques-uns de ses souvenirs, au Cinema CityClub de Pully, le Jurassien revient forcément sur l’aventure boncourtoise (5 titres), ses étapes à l’étranger avec Dijon et avec la Côte d’Ivoire, ses titres avec Lugano, mais également la reconstruction avec le BBC Lausanne et Lausanne Pully.

Trente-trois ans à fouler les parquets avec sa planche tactique de basket vissée à une main. L’histoire retiendra que « Rando » deviendra le premier Suisse à fêter le triplé Championnat, Coupe de Suisse et Coupe de la Ligue avec 2 clubs différents (Boncourt et Lugano). Le premier également à diriger une équipe de ProA et à entraîner une sélection étrangère à un Championnat du monde (2010).

Depuis ce jour-là, je n’ai plus pu entendre le mot pression, la pression des joueurs, la pression du coach ou quoi que ce soit

Randoald Dessarzin

De nombreux titres, de belles rencontres mais un moment-clé, en 2007 avant son premier match de ProA, qui changera sa manière de voir les choses: « On a l’entraînement le matin… J’ai 7, 8 appels en absence de la maman de mes enfants. Elle était enceinte des jumeaux. Donc forcément, il y a un problème. Et puis il y a l’ambulance devant la maison ». Elle est transportée d’urgence à l’hôpital qu’elle ne quittera pas jusqu’à la naissance des jumeaux 2 mois et demi plus tard.

« Les jumeaux naissent et Jaëlle a un problème cardiaque qui est souvent lié à la trisomie. Elle est entre la vie et la mort. Opération à cœur ouvert à l’hôpital Necker à Paris, décrit Randoald Dessarzin. Depuis ce jour-là, je n’ai plus pu entendre le mot pression, la pression des joueurs, la pression du coach ou quoi que ce soit parce qu’il y a un médecin, le docteur Tamisier, qui est intervenu pendant 6 heures et demie sur un cœur de la taille d’une noisette. Jaëlle faisait 1 kilo 800, au moment de l’opération, à presque 7 mois. Ca, c’est la pression ».

« Je me suis toujours promis de relativiser. Je ne dis pas que j’ai réussi, car je vis toujours très mal la défaite », nuance le Jurassien de 61 ans.

Dernière tranche de vie consacrée à ses proches

Randoald Dessarzin, qui va désormais consacrer sa « dernière tranche de vie » à ses proches, évoque avec une immense fierté ses 4 enfants: « C’est une belle satisfaction de voir Elijah jouer à Pully Lausanne, Eneas évoluer avec les M21 du HC Lugano, Jaëlle faire de la gymnastique adaptée. Elle a pu partir en Italie et en Norvège pour y disputer des compétitions. Et il y a Mathis, mon beau-fils, qui s’est mis au basket avec beaucoup d’implication, beaucoup de passion aussi ».

Cette réussite ancre Randoald Dessarzin dans une réalité plus profonde. Pour lui, le sport doit rester avant tout une « école de vie ». C’est cette philosophie qui lui permet aujourd’hui de « savoir dire stop. »

Miguel Bao, Olivier Dominik et Marie Jadin